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Dabealvi.La Sentinelle en mode veille - Centrafrique M.E.R.C.I

psychologie

CENTRAFRIQUE lu pour vous: PSYCHOLOGIE DE L INCONSCIENT

30 Août 2018 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com Publié dans #psychologie, #PANNEAUX SOLAIRES EN CENTRAFRIQUE - LA PAIX AVEC L ' ELECTRICITÉ POUR TOUS

Carl Gustav Jung

(1916)

 

 

Voici un résumé de l'ouvrage de C.G Jung, psychologie de l'inconscient. Je me suis applique à en garder l'essence et le style en sélectionnant tout les passages permettant de suivre le déroulement de la pensée de l'auteur. J'ai repris ces passages tels quels, afin de conserver le sens le plus proche de l'original. J'ai laissé de coté les études de cas, redondances et références « superflues ».

 

 

 

CHAPITRE PREMIER : LA PSYCHANALYSE

 

Ce dont le malade souffre, c'est de son âme, de son âme dans ses fonctions les plus élevées et les plus délicates, que l'on ose à peine rattacher encore au domaine de la médecine En présence de tels troubles, le médecin doit être aussi un psychologue, c'est à dire un connaisseur de l’âme humaine.

 

Avant d'aborder l’étude de notre sujet, il faut le situer par rapport à la science jusqu'alors régnante

Les premiers travaux dans ce domaine ne suscitèrent qu'un faible écho, bien qu'apportant une conception toute nouvelle des névroses Les publication suivante de Freud passèrent complètement inaperçues bien qu'elles apportassent des observations d'une importance inestimable.

On savait déjà du temps de Charcot que le symptôme névrotique est psychogene, c'est à dire qu'il est engendré par le psychisme. On savait aussi grâce aux travaux de l’École de Nancy, que n'importe quel symptôme hystérique peut être provoqué par suggestion. Également, on avait des connaissances assez précises, grâce aux recherches de Janet, sur les conditionnements psychomécaniques des manifestations déficitaires hystériques, comme les anesthésies, les parésies, les paralysies et les amnésies.

Mais on ignorait le genre de filiation et les modalités du rapport de cause à effet qui reliaient l’âme d'un malade avec son symptôme hystérique : les voies de la causalité psychique étaient totalement inconnues.

 

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CENTRAFRIQUE: Accepter les critiques ou l’art de progresser

5 Février 2016 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com Publié dans #centrafrique, #psychologie, #politique, #dabealvi, #beesbuzz

CENTRAFRIQUE: Accepter les critiques ou l’art de progresser

Si vous êtes de ceux qu’on dit susceptibles, vous vivez sans doute très mal les commentaires sur votre personne ou sur vos actions. Pourtant, les critiques sont salutaires car elles nous font progresser.

Pour accepter d’être critiqué, il est utile de se répéter que la critique parle autant de celui qui la formule que de celui qui la reçoit, l’enfantine tirade « c’est celui qui dit qui l’est » est d’une grande pertinence. Cette petite astuce vous permettra de prendre le rôle de l’observateur (Que me dit-il de lui/d’elle ?) et d’être en peu en recul par rapport à ce qui se passe (ne pas être dans l’émotion au moment de la réception).

La critique parle de celui qui la formule
Si vous acceptez au moins comme une hypothèse de travail que l’autre vient vous chercher sur ses propres fragilités/obsessions vous aurez gagné un peu de confort. Quand quelqu’un s’exprime par le jugement « Ce n’est pas très intéressant ce que tu nous dit », ce qu’il avoue en fait c’est qu’il se juge lui-même le plus souvent, qu’il se questionne sur sa propre capacité à intéresser les autres dans ce contexte ou dans un autre. Il s’interroge à un tel point qu’il ne voit le monde qu’à travers ce prisme.

La critique parle de celui qui la reçoit
Il y a la critique en soi c’est à dire le fait d’être critiqué et le contenu de la critique. « Etre critiqué » c’est être pris en flagrant délit d’imperfection. Comme si la perfection était humaine !

Accepter la critique c’est tout d’abord renoncer à la toute-puissance sur soi et sur le monde (on ne contrôle pas tout, même ce qui est censé dépendre de nous) et ce que dit en elle-même la critique. Après tout c’est peut être tout à fait vrai que ce que vous dites est inintéressant. Voilà donc une façon de progresser. Et si c’était vrai ? Que pourriez-vous faire pour que le contenu soit plus attractif ! Nos ennemis sont nos meilleurs « amis », ceux qui nous aident à être meilleurs. Nos amis nous aiment pour ce que nous sommes.
Quatre comportements possibles face à la critique
Face à la critique, on a le choix entre plusieurs comportements. Il n’y a pas de bon ou de mauvais comportement mais une réaction adaptée ou non à une situation et à un objectif. S’en tenir à un seul comportement est signe de rigidité, ce qui ne laisse pas beaucoup de place à la souplesse nécessaire aux relations humaines.

1) Fuir la critique comme une menace
La critique peut être tellement insupportable dans sa forme (elle est hurlée et menaçante) ou dans son fond (désir de détruire l’autre) qu’il est parfois souhaitable de prendre la fuite. On peut fuir par le regard (baisser les yeux, se détourner) ou tout simplement en sortant d’une pièce. Ne pas regarder c’est refuser de jouer un jeu qui nous déplaît. Elle peut également être tout à fait inoffensive et sans intention de nuire. « Fuir » c’est renoncer tout d’abord à se faire face (Que suis-je en train de fuir ?) et accorder à l’autre un très grand pouvoir sur nous-mêmes (il a le pouvoir de me faire du mal).

2) Attaquer pour dissuader
Quand on attaque il faut être sûr d’avoir le dessus. Voilà pourquoi si vous êtes quelqu’un de particulièrement gentil, inoffensif et attentionné vous servirez d’exutoire à ceux qui encaissent les critiques des autres sans jamais rien dire. Si vous êtes de ceux qui attaquent, vous avez peut-être compris que l’attaque est une stratégie de défense efficace : « Ne pas s’approcher, chien méchant » écrit-on pour dissuader l’intrus. Généralement cela fonctionne et même un peu trop puisque personne ne vient plus jamais vous parler ni pour vous critiquer ni pour partager.

3) Manipuler par stratégie
La « manipulation » va de l’humour à l’intimidation. Tout le monde n’en est pas capable, cela demande un certain goût pour le jeu. Dans le meilleur cas on parlera de « recadrage », c'est-à-dire changer le contexte d’une proposition pour lui donner un autre sens.

Imaginons quelqu’un qui vous klaxonne d’une façon continue et insistante (1 klaxon). Si vous répondez sur un rythme différent (1, 2,3 ) chaque fois qu’il s’arrête. Il ne klaxonne plus il fait de la musique avec vous ! Mais ce peut-être aussi « intimider ». On vous dit « Tu n’es pas à l’heure » et vous répondez « Quelle heure était-il hier quand tu t’es absenté ? ».


4) S’affirmer et être constructif
On peut aussi décider de ne pas accepter la critique en son état et demander son droit à rectification. Voici comment s’y prendre pour construire du positif à partir d’une critique (c’est le même processus si vous souhaitez formuler une critique).

a) Décrire ce qui vous gêne en vous appuyant sur des faits précis. Ex : « J’étais concentré sur mon travail, tu es entré sans frapper pour me dire « texte de la critique ». C’est aussi la façon dont sont énoncées les choses qui posent problème.

b) Exprimer les conséquences négatives du comportement qui vous gêne. Ex : « Quand je suis interrompu dans mon travail cela me met en colère et je ne peux ni écouter ni entendre ce qu’on me dit » ou « Quand je suis critiqué, je me sens attaqué et cela me démotive ».

c) Proposer des solutions. Ex : « Quand tu as des commentaires à faire sur mon travail, mon comportement, je préfère que tu le fasses quand nous sommes seuls » ou « je souhaite que tu commences par ce qui fonctionne bien » ou « j’ai besoin que tu me dises clairement ce que tu attends de moi à la place. »

d) Exposer les conséquences positives pour tous. Ex : « Si tu fais cela alors je pense que je serai capable d’accueillir positivement tes critiques et que tu pourras également exprimer ce qui te gêne ».

La critique peut donc être vécue comme une occasion de progresser et de faire progresser la relation à condition naturellement d’en avoir envie.

"Réunir Pour S'épanouir"

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Aux racines de l’obsession sécuritaire

15 Janvier 2016 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com Publié dans #psychologie, #centrafrique, #politique, #paix, #dabealvi

Aux racines de l’obsession sécuritaire

Un article qui présente une double utilité : la première est celle de nous brosser un petit tableau historique des notions de sureté et de sécurité, et la façon dont elles peuvent être perverties. La seconde est celle de nous montrer que lorsque l’on ne prend pas en compte certaines données, et nous parlons ici de tout ce qui se rapporte à la psychopathie, on ne peut pas réellement comprendre la nature du problème. Dans le meilleur des cas, l’analyse ne reste qu’une description du phénomène, dans le pire des cas, l’on fait intervenir des notions philosophiques pour tenter d’énoncer, par des théories complaisantes et du verbiage sociologique, ce que l’on ne s’explique pas vraiment.

Le pouvoir attire irrésistiblement les pathologies en tous genres. La psychopathie s’exprime pleinement lorsqu’elle occupe un place d’autorité ; elle sait s’entourer de toutes les déviances lui permettant d’assouvir ses ambitions et ses désirs. Le psychopathe fait perdurer le système qui l’a propulsé au sommet ; il l’améliore, puisqu’il y va de sa survie. Nous constatons, en parallèle, une dégradation constante des conditions de vie des gens normaux. La technologie aidant, ce que certains se plaisent à nommer « progrès » ne se révèle être en réalité qu’un moyen d’asservissement supplémentaire.

L’article 20 de la loi de programmation militaire, promulguée le 19 décembre, autorise une surveillance généralisée des données numériques, au point que l’on parle de « Patriot Act à la française ». Érigé en priorité absolue, l’impératif de sécurité change souvent de prétexte (subversion politique, « terrorisme ») mais conserve sa visée : gouverner les populations. Pour comprendre son origine et tenter de le déjouer, il faut remonter au XVIIIe siècle…

La formule « pour raisons de sécurité » (« for security reasons », « per ragioni di sicurezza ») fonctionne comme un argument d’autorité qui, coupant court à toute discussion, permet d’imposer des perspectives et des mesures que l’on n’accepterait pas sans cela.

Il faut lui opposer l’analyse d’un concept d’apparence anodine, mais qui semble avoir supplanté toute autre notion politique : la sécurité. On pourrait penser que le but des politiques de sécurité est simplement de prévenir des dangers, des troubles, voire des catastrophes. Une certaine généalogie fait en effet remonter l’origine du concept au dicton romain « Salus publica suprema lex » (« Le salut du peuple est la loi suprême »), et l’inscrit ainsi dans le paradigme de l’état d’exception. Pensons au « senatus consultum ultimum » et à la dictature à Rome [1] ; au principe du droit canon selon lequel « Necessitas non habet legem » (« Nécessité n’a point de loi ») ; aux comités de salut public [2] pendant la Révolution française ; à la Constitution du 22 frimaire de l’an VIII (1799), évoquant les « troubles qui menaceraient la sûreté de l’État » ; ou encore à l’article 48 de la constitution de Weimar (1919), fondement juridique du régime national-socialiste, qui mentionnait également la « sécurité publique ».

Quoique correcte, cette généalogie ne permet pas de comprendre les dispositifs de sécurité contemporains. Les procédures d’exception visent une menace immédiate et réelle qu’il faut éliminer en suspendant pour un temps limité les garanties de la loi ; les « raisons de sécurité » dont on parle aujourd’hui constituent au contraire une technique de gouvernement normale et permanente.

Davantage que dans l’état d’exception, Michel Foucault [3] conseille de chercher l’origine de la sécurité contemporaine dans les débuts de l’économie moderne, chez François Quesnay (1694-1774) et les physiocrates [4]. Si, peu après les traités de Westphalie [5], les grands États absolutistes ont introduit dans leur discours l’idée que le souverain devait veiller à la sécurité de ses sujets, il fallut attendre Quesnay pour que la sécurité — ou plutôt la « sûreté » — devienne le concept central de la doctrine du gouvernement.

Prévenir les troubles ou les canaliser ?

Son article consacré aux « Grains » dans l’Encyclopédie demeure, deux siècles et demi plus tard, indispensable pour comprendre le mode de gouvernement actuel. Voltaire dira d’ailleurs qu’une fois ce texte paru les Parisiens cessèrent de discuter de théâtre et de littérature pour parler d’économie et d’agriculture…

L’un des principaux problèmes que les gouvernements devaient alors affronter était celui des disettes et des famines. Jusqu’à Quesnay, ils essayaient de les prévenir en créant des greniers publics et en interdisant l’exportation de grains. Mais ces mesures préventives avaient des effets négatifs sur la production. L’idée de Quesnay fut de renverser le procédé : au lieu d’essayer de prévenir les famines, il fallait les laisser se produire et, par la libéralisation du commerce extérieur et intérieur, les gouverner une fois qu’elles s’étaient produites. « Gouverner » reprend ici son sens étymologique : un bon pilote — celui qui tient le gouvernail — ne peut pas éviter la tempête mais, si elle survient, il doit être capable de diriger son bateau.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la formule qu’on attribue à Quesnay, mais qu’en vérité il n’a jamais écrite : « Laisser faire, laisser passer ». Loin d’être seulement la devise du libéralisme économique, elle désigne un paradigme de gouvernement, qui situe la sécurité — Quesnay évoque la « sûreté des fermiers et des laboureurs » — non pas dans la prévention des troubles et des désastres, mais dans la capacité à les canaliser dans une direction utile.

Il faut mesurer la portée philosophique de ce renversement qui bouleverse la traditionnelle relation hiérarchique entre les causes et les effets : puisqu’il est vain ou en tout cas coûteux de gouverner les causes, il est plus utile et plus sûr de gouverner les effets. L’importance de cet axiome n’est pas négligeable : il régit nos sociétés, de l’économie à l’écologie, de la politique étrangère et militaire jusqu’aux mesures internes de sécurité et de police. C’est également lui qui permet de comprendre la convergence autrement mystérieuse entre un libéralisme absolu en économie et un contrôle sécuritaire sans précédent.

Prenons deux exemples pour illustrer cette apparente contradiction. Celui de l’eau potable, tout d’abord. Bien qu’on sache que celle-ci va bientôt manquer sur une grande partie de la planète, aucun pays ne mène une politique sérieuse pour en éviter le gaspillage. En revanche, on voit se développer et se multiplier, aux quatre coins du globe, les techniques et les usines pour le traitement des eaux polluées — un grand marché en devenir.

Considérons à présent les dispositifs biométriques, qui sont l’un des aspects les plus inquiétants des technologies sécuritaires actuelles. La biométrie est apparue en France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le criminologue Alphonse Bertillon (1853-1914) s’appuya sur la photographie signalétique et les mesures anthropométriques afin de constituer son « portrait parlé », qui utilise un lexique standardisé pour décrire les individus sur une fiche signalétique. Peu après, en Angleterre, un cousin de Charles Darwin et grand admirateur de Bertillon, Francis Galton (1822-1911), mit au point la technique des empreintes digitales. Or ces dispositifs, à l’évidence, ne permettaient pas de prévenir les crimes, mais de confondre les criminels récidivistes. On retrouve ici encore la conception sécuritaire des physiocrates : ce n’est qu’une fois le crime accompli que l’État peut intervenir efficacement.

Pensées pour les délinquants récidivistes et les étrangers, les techniques anthropométriques sont longtemps restées leur privilège exclusif. En 1943, le Congrès des États-Unis refusait encore le Citizen Identification Act, qui visait à doter tous les citoyens de cartes d’identité comportant leurs empreintes digitales. Ce n’est que dans la seconde partie du XXe siècle qu’elles furent généralisées. Mais le dernier pas n’a été franchi que récemment. Les scanners optiques permettant de relever rapidement les empreintes digitales ainsi que la structure de l’iris ont fait sortir les dispositifs biométriques des commissariats de police pour les ancrer dans la vie quotidienne. Dans certains pays, l’entrée des cantines scolaires est ainsi contrôlée par un dispositif de lecture optique sur lequel l’enfant pose distraitement sa main.

Des voix se sont élevées pour attirer l’attention sur les dangers d’un contrôle absolu et sans limites de la part d’un pouvoir qui disposerait des données biométriques et génétiques de ses citoyens. Avec de tels outils, l’extermination des Juifs (ou tout autre génocide imaginable), menée sur la base d’une documentation incomparablement plus efficace, eût été totale et extrêmement rapide. La législation aujourd’hui en vigueur dans les pays européens en matière de sécurité est sous certains aspects sensiblement plus sévère que celle des États fascistes du XXe siècle. En Italie, le texte unique des lois sur la sécurité publique (Testo unico delle leggi di pubblica sicurezza, Tulsp) adopté en 1926 par le régime de Benito Mussolini est, pour l’essentiel, encore en vigueur ; mais les lois contre le terrorisme votées au cours des « années de plomb » (de 1968 au début des années 1980) ont restreint les garanties qu’il contenait. Et comme la législation française contre le terrorisme est encore plus rigoureuse que son homologue italienne, le résultat d’une comparaison avec la législation fasciste ne serait pas très différent.

La multiplication croissante des dispositifs sécuritaires témoigne d’un changement de la conceptualité politique, au point que l’on peut légitimement se demander non seulement si les sociétés dans lesquelles nous vivons peuvent encore être qualifiées de démocratiques, mais aussi et avant tout si elles peuvent encore être considérées comme des sociétés politiques.

Au Ve siècle avant Jésus-Christ, ainsi que l’a montré l’historien Christian Meier, une transformation de la manière de concevoir la politique s’était déjà produite en Grèce, à travers la politisation (Politisierung) de la citoyenneté. Alors que l’appartenance à la cité (la polis) était jusque-là définie par le statut et la condition — nobles et membres des communautés cultuelles, paysans et marchands, seigneurs et clients, pères de famille et parents, etc. —, l’exercice de la citoyenneté politique devient un critère de l’identité sociale. « Il se créa ainsi une identité politique spécifiquement grecque, dans laquelle l’idée que des individus devaient se conduire comme des citoyens trouva une forme institutionnelle, écrit Meier. L’appartenance aux groupes constitués à partir des communautés économiques ou religieuses fut reléguée au second plan. Dans la mesure où les citoyens d’une démocratie se vouaient à la vie politique, ils se comprenaient eux-mêmes comme membres de la polis. « Polis et politeia », cité et citoyenneté, se définissaient réciproquement. La citoyenneté devint ainsi une activité et une forme de vie par laquelle la polis, la cité, se constitua en un domaine clairement distinct de l’oikos, la maison. La politique devint un espace public libre, opposé en tant que tel à l’espace privé où régnait la nécessité [6] . » Selon Meier, ce processus de politisation spécifiquement grec a été transmis en héritage à la politique occidentale, dans laquelle la citoyenneté est restée — avec des hauts et des bas, certes — le facteur décisif.

Or c’est précisément ce facteur qui se trouve progressivement entraîné dans un processus inverse : un processus de dépolitisation. Jadis seuil de politisation actif et irréductible, la citoyenneté devient une condition purement passive, où l’action et l’inaction, le public et le privé s’estompent et se confondent. Ce qui se concrétisait par une activité quotidienne et une forme de vie se limite désormais à un statut juridique et à l’exercice d’un droit de vote ressemblant de plus en plus à un sondage d’opinion.

Les dispositifs de sécurité ont joué un rôle décisif dans ce processus. L’extension progressive à tous les citoyens des techniques d’identification autrefois réservées aux criminels agit immanquablement sur leur identité politique. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’identité n’est plus fonction de la « personne » sociale et de sa reconnaissance, du « nom » et de la « renommée », mais de données biologiques qui ne peuvent entretenir aucun rapport avec le sujet, telles les arabesques insensées que mon pouce teinté d’encre a laissées sur une feuille de papier ou l’ordonnance de mes gènes dans la double hélice de l’ADN. Le fait le plus neutre et le plus privé devient ainsi le véhicule de l’identité sociale, lui ôtant son caractère public.

Si des critères biologiques qui ne dépendent en rien de ma volonté déterminent mon identité, alors la construction d’une identité politique devient problématique. Quel type de relation puis-je établir avec mes empreintes digitales ou mon code génétique ? L’espace de l’éthique et de la politique que nous étions habitués à concevoir perd son sens et exige d’être repensé de fond en comble. Tandis que le citoyen grec se définissait par l’opposition entre le privé et le public, la maison (siège de la vie reproductive) et la cité (lieu du politique), le citoyen moderne semble plutôt évoluer dans une zone d’indifférenciation entre le public et le privé, ou, pour employer les mots de Thomas Hobbes, entre le corps physique et le corps politique.

La vidéosurveillance, de la prison à la rue

Cette indifférenciation se matérialise dans la vidéosurveillance des rues de nos villes. Ce dispositif a connu le même destin que les empreintes digitales : conçu pour les prisons, il a été progressivement étendu aux lieux publics. Or un espace vidéosurveillé n’est plus une agora, il n’a plus aucun caractère public ; c’est une zone grise entre le public et le privé, la prison et le forum. Une telle transformation relève d’une multiplicité de causes, parmi lesquelles la dérive du pouvoir moderne vers la biopolitique occupe une place particulière : il s’agit de gouverner la vie biologique des individus (santé, fécondité, sexualité, etc.) et non plus seulement d’exercer une souveraineté sur un territoire. Ce déplacement de la notion de vie biologique vers le centre du politique explique le primat de l’identité physique sur l’identité politique.

Mais on ne saurait oublier que l’alignement de l’identité sociale sur l’identité corporelle a commencé avec le souci d’identifier les criminels récidivistes et les individus dangereux. Il n’est donc guère étonnant que les citoyens, traités comme des criminels, finissent par accepter comme allant de soi que le rapport normal entretenu avec eux par l’État soit le soupçon, le fichage et le contrôle. L’axiome tacite, qu’il faut bien prendre ici le risque d’énoncer, est : « Tout citoyen — en tant qu’il est un être vivant — est un terroriste potentiel ». Mais qu’est-ce qu’un État, qu’est-ce qu’une société régis par un tel axiome ? Peuvent-ils encore être définis comme démocratiques, ou même comme politiques ?

Dans ses cours au Collège de France comme dans son livre Surveiller et punir [7], Foucault esquisse une classification typologique des États modernes. Le philosophe montre comment l’État de l’Ancien Régime, défini comme un État territorial ou de souveraineté, dont la devise était « Faire mourir et laisser vivre », évolue progressivement vers un État de population, où la population démographique se substitue au peuple politique, et vers un État de discipline, dont la devise s’inverse en « Faire vivre et laisser mourir » : un État qui s’occupe de la vie des sujets afin de produire des corps sains, dociles et ordonnés.

L’État dans lequel nous vivons à présent en Europe n’est pas un État de discipline, mais plutôt — selon la formule de Gilles Deleuze — un « État de contrôle » : il n’a pas pour but d’ordonner et de discipliner, mais de gérer et de contrôler. Après la violente répression des manifestations contre le G8 de Gênes, en juillet 2001, un fonctionnaire de la police italienne déclara que le gouvernement ne voulait pas que la police maintienne l’ordre, mais qu’elle gère le désordre : il ne croyait pas si bien dire. De leur côté, des intellectuels américains qui ont essayé de réfléchir sur les changements constitutionnels induits par le Patriot Act et la législation post-11-Septembre [8] préfèrent parler d’« État de sécurité » (security state). Mais que veut dire ici « sécurité » ?

Au cours de la Révolution française, cette notion — ou celle de « sûreté », comme on disait alors — est imbriquée avec celle de police. La loi du 16 mars 1791 puis celle du 11 août 1792 introduisent dans la législation française l’idée, promise à une longue histoire dans la modernité, de « police de sûreté ». Dans les débats précédant l’adoption de ces lois, il apparaît clairement que police et sûreté se définissent réciproquement ; mais les orateurs — parmi lesquels Armand Gensonné, Marie-Jean Hérault de Séchelles, Jacques Pierre Brissot — ne sont capables de définir ni l’une ni l’autre. Les discussions portent essentiellement sur les rapports entre la police et la justice. Selon Gensonné, il s’agit de « deux pouvoirs parfaitement distincts et séparés » ; et pourtant, tandis que le rôle du pouvoir judiciaire est clair, celui de la police semble impossible à définir.

L’analyse du discours des députés montre que le lieu de la police est proprement indécidable, et qu’il doit rester tel, car si elle était entièrement absorbée par la justice, la police ne pourrait plus exister. C’est la fameuse « marge d’appréciation » qui caractérise encore maintenant l’activité de l’officier de police : par rapport à la situation concrète qui menace la sécurité publique, celui-ci agit en souverain. Ce faisant, il ne décide pas ni ne prépare — comme on le répète à tort — la décision du juge : toute décision implique des causes, et la police intervient sur les effets, c’est-à-dire sur un indécidable. Un indécidable qui ne se nomme plus, comme au XVIIe siècle, « raison d’État », mais « raisons de sécurité ».

Une vie politique devenue impossible

Ainsi, le security state est un État de police, même si la définition de la police constitue un trou noir dans la doctrine du droit public : lorsqu’au XVIIIe siècle paraissent en France le Traité de la police de Nicolas de La Mare et en Allemagne les Grundsätze der Policey-Wissenschaft de Johann Heinrich Gottlob von Justi, la police est ramenée à son étymologie de politeia et tend à désigner la politique véritable, le terme de « politique » désignant quant à lui la seule politique étrangère. Von Justi nomme ainsi Politik le rapport d’un État avec les autres et Polizei le rapport d’un État avec lui-même : « La police est le rapport en force d’un État avec lui-même ».

En se plaçant sous le signe de la sécurité, l’État moderne sort du domaine du politique pour entrer dans un no man’s land dont on perçoit mal la géographie et les frontières et pour lequel la conceptualité nous fait défaut. Cet État, dont le nom renvoie étymologiquement à une absence de souci (securus : sine cura), ne peut au contraire que nous rendre plus soucieux des dangers qu’il fait courir à la démocratie, puisqu’une vie politique y est devenue impossible ; or démocratie et vie politique sont — du moins dans notre tradition — synonymes.

Face à un tel État, il nous faut repenser les stratégies traditionnelles du conflit politique. Dans le paradigme sécuritaire, tout conflit et toute tentative plus ou moins violente de renverser le pouvoir fournissent à l’État l’occasion d’en gouverner les effets au profit d’intérêts qui lui sont propres. C’est ce que montre la dialectique qui associe étroitement terrorisme et réponse de l’Etat dans une spirale vicieuse. La tradition politique de la modernité a pensé les changements politiques radicaux sous la forme d’une révolution qui agit comme le pouvoir constituant d’un nouvel ordre constitué. Il faut abandonner ce modèle pour penser plutôt une puissance purement destituante, qui ne saurait être captée par le dispositif sécuritaire et précipitée dans la spirale vicieuse de la violence. Si l’on veut arrêter la dérive antidémocratique de l’Etat sécuritaire, le problème des formes et des moyens d’une telle puissance destituante constitue bien la question politique essentielle qu’il nous faudra penser au cours des années qui viennent.

Notes :

[1] En cas de troubles graves, la république romaine prévoyait la possibilité de confier, de manière exceptionnelle, les pleins pouvoirs à un magistrat (le dictateur).

[2] Mis en place par la Convention, ces comités devaient protéger la République contre les dangers d’invasion et de guerre civile.

[3] Michel Foucault, « Sécurité, territoire, population ». Cours au Collège de France, 1977-1978, Gallimard- Seuil, coll. « Hautes études », Paris, 2004.

[4] La physiocratie fonde le développement économique sur l’agriculture et prône la liberté du commerce et de l’industrie.

[5] Les traités de Westphalie (1648) conclurent la guerre de Trente Ans opposant le camp des Habsbourg, soutenu par l’Eglise catholique, aux Etats allemands protestants du Saint-Empire. Ils inaugurèrent un ordre européen fondé sur les Etats-nations.

[6] Christian Meier, « Der Wandel der politisch-sozialen Begriffswelt im V Jahrhundert v. Chr. », dans Reinhart Koselleck (sous la dir. de), Historische Semantik und Begriffsgeschichte, Klett-Cotta, Stuttgart, 1979.

[7] Michel Foucault, Surveiller et punir, Gallimard, Paris, 1975.

[8] Lire Chase Madar, « Le président Obama, du prix Nobel aux drones », Le Monde diplomatique, octobre 2012.

Le Monde Diplomatique via sott

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