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Dabealvi.La Sentinelle en mode veille - Centrafrique M.E.R.C.I

La mort sur la croix était un supplice très cruel.

30 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com

 Le condamné mourait par asphyxie lorsqu'il ne pouvait plus se soulever sur ses pieds pour relâcher légèrement la pression qu'exerçait sur ses bras et son thorax le poids de son corps. La respiration devenait de plus en plus difficile et douloureuse et il cessait lentement de respirer. Cette agonie pouvait durer quelques jours. C'est pourquoi, si pour une raison ou une autre – par exemple, la proximité du sabbat – on voulait accélérer la mort du supplicié, on lui rompait les jambes.

Mais Jésus n'est pas mort de cette façon. Il n'a pas cessé lentement de respirer. Il a au contraire remis son souffle -- son esprit -- à son Père, librement, dans un grand cri. Et c'est pourquoi il ne fut pas nécessaire de lui briser les jambes. On lui transperça cependant le côté d'un coup de lance et de son cœur coula de l'eau et du sang.

Ce que nous dit le Nouveau Testament du cœur de Jésus exprime une spiritualité très forte, qui n'a rien de commun avec la spiritualité à l'eau de rose de certaines expressions de la dévotion au Sacré-Coeur propres aux derniers siècles.

C'est nous, les humains, qui avons ouvert le cœur de Jésus, après sa mort, avec la lance du centurion romain. Nous avons alors été aspergés par l'eau et baptisé dans le sang sortis de ce cœur ouvert par la lance.

Quelques jours après la Résurrection Jésus nous invita, en la personne de Thomas, à pénétrer en son cœur en mettant notre main dans son côté ouvert. Ce que nous avons découvert alors dans ce cœur ouvert c'est l'amour – un amour assez fort pour donner sa vie pour ceux qu'il aime; un amour, nous dit Paul, "qui dépasse tout entendement". Alors, pour utiliser une autre expression de Paul, nous pouvons par cette plaie béante du côté de Jésus "entrer dans la plénitude de Dieu".

Au même moment où nous pénétrons dans son cœur, si nous nous y établissons, si nous y enracinons et si nous y établissons notre demeure, comme il nous demande de faire, le Christ lui-même, à son tour "fait sa résidence" en nos cœurs.

Nous nous sentons peut-être indignes de cette relation amoureuse. Lisons alors le beau texte d'Osée que nous avions comme première lecture. C'est l'une des plus belles expressions dans toute la Bible de la tendresse de Dieu. Or cette tendresse s'exprime précisément à l'égard du peuple infidèle, comparé à une épouse choisie et adoptée par son époux dès sa naissance.

La déchirure du côté de Jésus et la blessure de son cœur ont opéré dans nos propres cœurs une ouverture où a pu pénétrer le Souffle remis par Lui à son Père sur la croix, si bien que comme le dit encore Paul, l'amour de Dieu a été répandu en nos propres cœurs par l'Esprit, le Souffle de Jésus qui nous a été donné, et qui nous permet de dire, comme lui et avec lui : Abba, pere.

Humain … trop humain ! » pourrait-on penser La fête du Sacré Cœur fait parfois horreur à certains catholiques lassés de ses représentations religieuses plus proches de Walt Disney que du génie artistique chrétien. Pourtant il serait malheureux d’en rester là et de ne pas scruter le Mystère du Cœur de Jésus. Car il s’agit bien d’un Mystère, mystère apparemment trop humain … En réalité son humanité trompe « les sages et les savants » désireux de contempler Dieu de manière plus conceptuelle … ou plus désincarnée. Or le Sacré Cœur est un mystère d’humilité qui ne se dévoile qu’aux « tout-petits », qu’aux fils de Dieu, puisqu’il est le Mystère du Fils de Dieu lui-même. C’est bien dans l’humilité et dans l’humanité d’un cœur humain que Dieu fait rayonner son être. Contemplons ce mystère d’humilité dans ses deux facettes, humilité du Fils, humilité des fils.

Le Sacré Cœur est d’abord le mystère de l’humilité de Dieu manifestée en son Fils Jésus. Le symbole du cœur est bien sûr à comprendre en son sens biblique qui désigne l’intériorité de la personne, c’est-à-dire son être même, avec son intelligence, sa volonté et son affectivité. Le Sacré Cœur n’est pas une fête pour sentimentaux ou romantiques : c’est l’identité de Jésus qui se dévoile dans toute sa délicatesse et sa profondeur. « Dieu est amour » nous affirme saint Jean par deux fois, avec une audace théologique déconcertante : comment l’évangéliste peut-il oser identifier le Dieu infini à un mot humain, même celui d’amour ? Pourtant Jean affirme ceci comme le fruit d’une méditation de l’Écriture et de la vie du Christ. L’Amour qu’est Dieu ne s’est pas révélé de manière abstraite mais dans le concret d’une histoire. Il s’est manifesté au long de l’histoire d’Israël à travers les alliances renouées malgré les infidélités humaines.

Mais sa pleine révélation a eu lieu dans la vie de Jésus-Christ : en donnant sa vie pour ses amis et pour tous les hommes, le Christ nous a prouvé son grand amour, son trop grand amour, cet amour dont il n’y a rien de plus grand puisqu’il est celui de Dieu même. « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13) Certes l’amour peut faire des déclarations, parfois solennelles. Mais surtout l’amour se prouve par des actes, par des gestes posés au quotidien ou lors de circonstances critiques. Le geste extrême de l’amour fut posé quand cet homme innocent se laissa librement mettre en croix. Son symbole est ce cœur blessé, exposé à nos regards. Dieu n’a pas manifesté son amour de manière générale ou désincarnée ; il l’a fait dans les limites de l’espace et du temps, dans les limites de la vie humaine de Jésus de Nazareth : son cœur humain cristallise en une seule vie donnée le maximum d’amour.

Certes cette démonstration d’amour est très humble. Faut-il s’en étonner ? L’amour a en fait horreur de l’éclat. « Je suis doux et humble de cœur » dit Jésus. Le chemin de l’Amour est celui de l’abaissement et de l’humilité : là est toute la vie du Christ. Ste Thérèse de l’Enfant Jésus le dit merveilleusement : « le propre de l’amour est de s’abaisser… jusqu’au néant pour le transformer enfeu. » Ainsi la fête du Sacré Cœur nous dévoile l’humilité du Fils de Dieu qui n’a pas quitté les limites de son humanité pour nous prouver son amour. C’est dans son humanité que se cache sa divinité.

Cette humilité du Fils de Dieu peut devenir celle de ses frères, des enfants de Dieu par adoption. Méditer le Sacré Cœur rend humble le cœur des fils de Dieu : le disciple devient ainsi semblable au maître. En effet, une affirmation centrale traverse nos deux premières lectures : la priorité absolue de l’amour de Dieu, la gratuité radicale de son attachement à nous. « Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C’est par amour pour vous, et par fidélité au serment fait à vos pères… » Saint Jean confirme la parole de Moïse : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés. » Oui, Dieu a choisi Israël comme chacun de nous de manière libre et sans raisons humaines. « Le cœur a ses raisons, que la raison ne connait point » dirait Pascal.

Et pourtant, avouons-le : nous restons intimement persuadés que nous méritons quand même un peu l’amour de Dieu, car nous sommes des gens bien, nous allons à la messe le dimanche, nous sommes gentils avec la voisine, nous célébrons la liturgie avec soin, etc. Pire, nous croyons parfois que nous devons mériter l’amour de Dieu et que nos actions, nos efforts de carême pourraient peut-être nous rendre aimables aux yeux de Dieu. Non, non, 3 fois non, nous dit l’Écriture. Non seulement l’amour de Dieu ne s’achète pas mais en plus c’est inutile puisque nous sommes déjà aimés gratuitement. Mais, ne croyons pas que nous y soyons pour quelque chose. Ce fut la liberté de Dieu de s’attacher à nos petites personnes. Et honnêtement, cela a de quoi nous humilier, nous rendre humbles. C’est l’expérience de sainte Thérèse d’Avila : plus elle recevait de grâces de Dieu, plus cela l’humiliait car elle ne s’en sentait pas digne et ainsi elle grandissait dans l’humilité. Méditer le mystère du Sacré Cœur, contempler le cœur blessé d’amour de Jésus, découvrir la délicatesse extrême de son amour devrait produire en nous émerveillement et confusion devant notre tiédeur spirituelle.

Allons plus loin, même les représentations désuètes du Sacré Cœur devraient attendrir notre cœur de pierre et faire jaillir un cri de reconnaissance au lieu de nos considérations intellectuelles ou artistiques. Mieux, elles devraient nous rappeler que si nous ne méritons pas l’amour de Dieu, nous sommes appelés à y répondre, à lui « rendre Amour pour Amour » (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus). Pour cela, un seul chemin, se mettre à l’école de Jésus et nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés, humblement et radicalement.

Dans le Cœur Sacré et humain de son Fils, Dieu a caché toutes les merveilles de son amour : que notre cœur ne s’endurcisse pas mais se laisse atteindre par la tendresse divine et que l’humilité de Jésus nourrisse la nôtre. Alors oui le Sacré Cœur sera une belle fête, une fête aussi humaine que divine, celle de Jésus-Christ. Amen.

Au delà de toutes considérations politiques, aucun indice fiable ne nous garantit une sortie honorable de la crise car la plupart des actions politiques et managériales sont illisibles mais faisons nous le plaisir de leur accorder un délai de grâce le temps de prendre des repères.

https://dabealvi.wordpress.com/2019/06/30/centrafrique-bilan-des-cent-jours-du-gouvernement-ne-de-laccord-de-khartoum/

 

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Centrafrique: Nous célébrons aujourd'hui la fête de la Sainte Trinité.

17 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com

C'est celle de Dieu Amour qui nous invite à partager son amour, à
recevoir son amour généreux et à y répondre. On a écrit des
gros livres de théologie sur ce grand mystère. Mais ils sont
tous très loin de lé réalité. Un jour, saint Augustin marchait le
long de la mer et cherchait à comprendre ce mystère. Sur son
chemin, il rencontre un enfant qui avait creusé un trou dans le
sable. Avec une cuillère, il cherchait à y mettre toute l'eau de
la mer. Augustin, lui dit que c'est impossible. L'enfant lui
répond : Oui, c'est vrai, mais j'aurai fini avant que vous ne
commenciez à comprendre cette histoire de Trinité. Ce
mystère est si grand et le cerveau si petit. Nous devons donc
nous contenter de ce que nous dit la Bible. Cette révélation
s'est faite très progressivement. Dans la première lecture, nous
voyons Dieu s'adresser au peuple élu. Il lui fait mesurer toute
l'étendue de la générosité divine. Il a vu la misère de son
peuple esclave en Egypte. Il lui a fait passer la Mer Rouge. Il
l'a conduit dans sa longue marche à travers le désert. Au
moment où ce texte est écrit, les hébreux se préparent à entrer
dans la Terre promise. La bonne nouvelle c'est que Dieu n'est
pas celui qu'on croit. Il n'est pas le Dieu vengeur qui cherche à
nous prendre en défaut. Il se révèle comme le Dieu libérateur
qui fait alliance avec son peuple. Cette bonne nouvelle vaut
aussi pour nous aujourd'hui. Dieu voit la misère de son peuple.
Il voit celle des chrétiens persécutés en Irak, en Syrie et dans
de nombreux autres pays. Il voit la misère des hommes et des
femmes qui sont traités comme des machines sur leur lieu de
travail. Il voit la souffrance de ceux et celles qui sont accablés
par la misère. Et bien sûr, il n'oublie pas les malades, les
prisonniers, les exclus. Il continue à nous dire son désir de
libérer son peuple. Et il compte sur nous pour que nous
donnions le meilleur de nous-mêmes à cette mission. Dans la
seconde lecture, saint Paul va plus loin. Il nous dit que nous
sommes adoptés par Dieu. Nous sommes devenus des fils et
nous pouvons l'appeler Père. Quand nous pensons à la
puissance de Dieu, nous risquons d'éprouver un sentiment de
peur et d'avoir une attitude d'esclave. Mais saint Paul
intervient pour nous rassurer : Non, il ne faut pas avoir peur de
Dieu : L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des
esclaves, des gens qui ont encore peur. Dieu a voulu nous
introduire dans sa vie intime. Nous sommes ses enfants
bien aimés, des frères du Christ. Cela s'est réalisé grâce à
l'action de l'Esprit Saint. L’évangile nous rapporte le dernier
rendez-vous des disciples avec Jésus. C'est l'envoi en mission :
Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les
au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. Il est hors de
question de rester plantés là, avec d'éternelles questions sur le
tombeau vide. Il est urgent de comprendre que Pâques n'est
pas une fin mais un commencement. Tout ce que Jésus a pu
faire ou dire au cours de sa vie terrestre était une préparation à
cette nouvelle aventure des hommes. Avec la première
alliance, Dieu ne s'adressait qu'au petit peuple d'Israël ; la
nouvelle alliance est annoncée et offerte à tous les peuples du
monde entier. Ce qui nous est demandé, ce n'est pas de faire
des adeptes mais des disciples du Christ. Nous ne devons pas
nous comporter comme des propriétaires de la Parole révélée
mais comme des serviteurs. Il n'est pas question d'enrôler mais
de baptiser. Le baptême que nous avons reçu nous a plongés
dans cet océan d'amour qui est en Dieu Père, Fils et Saint
Esprit. La bonne nouvelle de l’évangile est une histoire
d'amour qui n'est jamais achevée, une histoire d'amour
toujours nouvelle et toujours ouverte. Il nous appartient d'être
les témoins passionnés de cette histoire d'amour. Pour cette
mission, nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur nous nourrit
de sa Parole et de son Corps. Il est toujours là pour nous
donner force et courage en vue de la mission. Et Marie, notre
maman du ciel ne cesse de nous redire : "Faites tout ce qu'il
vous dira. Cette grande mission nous dépasse. Elle peut nous
faire peur. Mais le Seigneur nous a promis d'être avec nous
tous les jours et jusqu'à la fin du monde. En ce jour, nous le
supplions : Garde-nous fidèles à ton amour. Donne-nous force
et courage pour en témoigner tous les jours auprès de ceux que
tu mets sur notre route. n enfant de sept ans à qui on
demandait ce qu’était la Trinité, a répondu cette merveille :
« tu ne sais pas ce que c’est ? Eh bien, je vais te l’apprendre :
on ne peut pas aimer tout seul ! » Admirable ! Comment dire
mieux sur l'intimité même de Dieu, ainsi que l'Eglise semble
l’oser en cette fête de la Sainte Trinité, que ce mot d’excellent
petit théologien !
Permettez-moi de dire, avec infiniment moins de justesse que
lui, deux petites miettes de ce mystère de vie.
Premièrement de l'amour trinitaire qui nous est offert en
méditation ce matin : Dieu, qui est mystère, nous ouvre au
mystère de tout homme. Dieu est mystère. Cela ne veut pas
dire qu'on ne le connaît pas, mais qu'on n'aura jamais fini de
Le connaître. La nuance est importante ! Plus ma familiarité
avec l'évangile grandit, plus je me pose de questions sur
Jésus : qui est-il donc pour bousculer ainsi les idées qu'on se
faisait sur Dieu ? Qui est-il donc pour oser des paroles et des
gestes pareils ? Dieu est mystère. Et plus tu Le connaîtras,
écrivait saint Jean de la Croix, plus tu avoueras que tu peux
toujours moins exprimer ce qu'Il est ! Dieu est mystère et nous
ne découvrons qui Il est que lentement, progressivement, et
parfois même douloureusement.  « J'aurais encore beaucoup
de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la
force de les porter », nous dit Jésus dans l'évangile de Jean.
Dieu est mystère, et parce qu'Il est mystère, Il nous apprend la
patience. Patience à l'égard de Dieu que je connais encore si
peu... patience à l'égard de tout homme qui, lui aussi, participe
au mystère de Dieu. Je ne connais aucun homme totalement...
et il peut évoluer.
Reconnaître que Dieu est mystère et que tout homme, créé par
Lui, participe de ce mystère, c’est quelque chose de très
concret. C'est refuser de coller sur les gens des étiquettes et ne
jamais désespérer d'eux. C'est considérer chaque homme avec
un infini respect.
Deuxièmement de cet amour trinitaire : Dieu qui est amour
me fait découvrir ce qu'aimer veut dire. Je retiens tout
spécialement cette espèce de dynamisme centrifuge de
l'amour. Loin de tout ramener à soi, il se trouve en se donnant.
À travers les évangiles et la liturgie de l'Eglise, cela est
flagrant : le Père, le Fils et l'Esprit... chacun renvoie aux deux
autres et semble s'effacer pour mettre les autres en valeur.
Le Père ? ... Lui que nul n'a jamais vu et que l'on ne peut donc
pas représenter s'efface devant le Fils (dans le Symbole des
Apôtres, deux lignes seulement pour le Père et dix lignes pour
le Fils !). Il convoque l'Esprit dès sa première oeuvre (cf. les
deux premières lectures) et lui donne une place de choix dans
son oeuvre créatrice. Le Père ne fait rien sans l'Esprit.
Le Fils ? ... Dans le « Gloire à Dieu », on le réfère tellement au
Père qu'on dit de Lui : « Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le
Fils du Père »... « le Fils du Père » ! ... superbe pléonasme qui
souligne l'impossibilité de parler de Jésus sans parler de Dieu
son Père !« Le Père, dit Jésus, est plus grand que moi » ... et
encore « non pas ma volonté, mais celle de mon Père ». Jésus
renvoie toujours au Père et s'efface devant l'Esprit qu'il
annonce et promet : « il est bon pour vous que je m'en aille »...
« l'Esprit vous donnera de faire des choses plus grandes
encore ».
L'Esprit ? ... C'est Lui qui nous fait nommer Dieu
« Père » : « l'Esprit fait de nous des fils qui crions vers Dieu
en l'appelant :Abba! » . L'Esprit nous oriente vers le Père et
nous renvoie toujours à Jésus : « Nul ne peut dire Jésus est
Seigneur si ce n'est sous l'action de l'Esprit ». L'Esprit nous
fait reconnaître en Jésus le Christ.
Alors, si aimer c'était cela : ne pas chercher sa propre gloire,
mais vouloir que l'autre grandisse, aime et soit aimé... alors, je
peux me poser bien des questions sur ma manière d'aimer mes
proches. Est-ce que vraiment je les aime pour eux-mêmes ou
pour l'avantage que je pourrais en tirer ?
Mais combien Des fois on se dit que parler de la Sainte
Trinité, c’est difficile et compliqué. Que Dieu est un mystère!
Qu’il n’est pas à notre portée. Et que ce que peuvent en dire
les philosophes et les théologiens, ça nous passe par-dessus la
tête. Leur langage souvent est abstrait; il embrouille plus qu’il
éclaire; parler de Dieu et le connaître, serait-ce réservé aux
savants?
Et si Dieu, lui, avait voulu nous rejoindre autrement, d’une
façon plus simple, plus à notre portée? En prenant lui-même
l’initiative de s’approcher de nous? La tradition chrétienne
nous apprend en effet comment Dieu s’est révélé
progressivement – humblement et discrètement – à travers la
foi et la vie de personnages comme Abraham et Sara et leurs
descendants; puis s’adressant à Moïse, il en a fait le chef et le
sauveur de ces descendants réfugiés en Égypte, et maltraités
là-bas. C’est ainsi qu’une longue histoire s’est déroulée où les
sages, les prophètes, les priants ont témoigné de ce Dieu
d’alliance, qui préparait un accomplissement formidable des
promesses faites depuis les débuts.
Dieu lui-même, voulant nous rejoindre et se faire proche, est
venu chez nous en personne. Il s’appelait Jésus de Nazareth. Il
s’est manifesté en lui comme un être de paix et d’amitié, d’une
grande bonté. Jésus se disait l’envoyé du Père; il avait pour
chacun, chacune des paroles de réconfort, de compassion, de
réconciliation; une force de guérison se dégageait de lui. Il est
allé à l’extrême du don de lui-même. Il a souffert la passion, il
est mort sur la croix. Mis au tombeau, il est ressuscité.
Retourné auprès du Père, il a voulu, dans l’Église qu’il a
fondée, prolonger son action et sa présence auprès de notre
humanité. Cette présence, elle demeure active pour nous dans
les sacrements, et notamment dans le sacrement de
l’Eucharistie, le sacrement par excellence où Jésus se livre à
nous dans ce qu’il y a de plus expressif de son amour, le don
qu’il nous a fait jadis de lui-même. Car, maintenant, notre
porte d’entrée chez Dieu, c’est le Christ. En lui le Père, nous
appelle et nous parle. C’est en lui, dans la communion de
l’Esprit, que nous avons rendez-vous pour déjà savourer les
prémices du bonheur promis.
La Trinité, nous pouvons la vivre du dedans, comme dans une
merveilleuse famille à laquelle il nous serait donné
d’appartenir. C’est une expérience d’amour que nous pouvons
vivre, une intime et intense communion avec Dieu. « Voici
que je me tiens à la porte, et je frappe, dit le Seigneur. Si
quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez
lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » Or
quand le Seigneur s’amène dans notre vie, ils sont trois déjà
qui nous tiennent compagnie. Ils viennent faire chez nous leur
demeure, si nous sommes fidèles à leur consigne, qui est de
nous aimer les uns les autres. À nous d’ouvrir notre cœur aux
autres et d’appeler ainsi à force  d’amour la divine présence du
Seigneur.
Saint Paul dira même que « l’amour de Dieu a déjà été
répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été
donné. » Faisons donc honneur à ce don précieux! Aimons-
nous les uns les autres et laissons-nous ainsi aimer par Dieu!
Qu’il vienne chez nous à demeure, pour qu’un jour nous
puissions aller demeurer chez lui pour toujours.

 

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DISCOURS DE DÉMISSION DU PRÉSIDENT DU CENTRAFRIQUE

15 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com

Peuple du Centrafrique, 

Au regard de la situation socio-politique fortement dégradée et caractérisée par la persistance des troubles à l'ordre public, les pillages des biens publics et privés, les menaces de division de notre Armée nationale et dans le souci de préserver les acquis démocratiques ainsi que la paix sociale dans notre pays. J'ai décidé de mettre en oeuvre l'article fatal de notre constitution, je déclare la vacance du pouvoir en vue de permettre la mise en place immédiate d'une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans le délai légal maximal de 90 jours 

J'appelle l'ensemble des citoyens au calme, les acteurs politiques et la société civile à plus de responsabilité pour l'arrêt des troubles qui ne peuvent que retarder notre marche vers le développement. 

Pour ma part, je pense avoir accompli mon devoir, en ayant pour seul souci, l'intérêt supérieur de la nation 

Dieu bénisse le Centafrique

JE TROUVE LES RÉPONSES DE PRESIDENT PEU CONVAINCANTES ET INADAPTÉES A SON POSTE DE CHEF DE L'ETAT
LES RÉPONSES AURAIENT DU ÊTRE CONCERNANT LES RÉCENTS ÉVÉNEMENTS: le Sieur SIDIKI. Démis de ses fonctions du gouvernement et une mise aux arrêts pour n'avoir pas respecté les accords de Kathoum
France 24 la haye
https://www.facebook.com/banguiwoodtv/videos/2283533461702041/

 

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SON IMMACULÉE CONCEPTION

11 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com

MARIE-MARTHE

Le privilège incomparable de l’immaculée conception a été voulu par Dieu avant tout parce
qu’il convenait au plus haut point que la Mère du Sauveur ne fût à aucun instant sujette au
péché. C’est la raison principale, elle est connue. Ce n’est pas pourtant sur elle que je vais
insister. Je me permettrais ici d’examiner ce privilège à un autre point de vue. Tout en ayant
une raison principale devant les yeux, Dieu n’a-t-il pas eu aussi, dans le décret de
l’immaculée conception, d’autres motifs secondaires, mais réels, entre autres de préparer à
celle qui devait être la mère du genre humain un cœur particulièrement délicat et sensible. Le
mot virginité a la même origine que le mot viridus, (vert, pas mûr). Il signifie donc de prime
abord quelque chose qui a gardé sa fraîcheur, sa spontanéité et n’a pas été brûlé par les
rayons du soleil. On peut dire, en transportant cette expression du matériel au spirituel,
qu’une âme pure est une âme fraîche et sensible, qu’une âme flétrie par le péché est une âme
qui a été en quelque sorte brûlée par le mal et qui, dans la mesure où le mal l’a atteinte, a
perdu de sa délicatesse. L’immaculée conception, en assurant à notre Mère cette victoire
totale sur le péché, qui est son privilège, lui donne donc du même coup un cœur
infiniment délicat et sensible. Nous pouvons penser que Dieu a voulu cette conséquence de
l’immaculée conception et qu’il l’a voulue aussi pour que notre Mère soit plus sensible à nos
misères et plus prompte à nous secourir. Quelle confiance déjà cette première vérité ne va-t-
elle pas nous donner ! Dans les heures où nous souffrons, nous cherchons du secours, mais
il ne nous vient pas à l’esprit de le demander aux viveurs et aux jouisseurs, même s’ils ont le
pouvoir de nous aider. Ce sont des âmes dures pour les autres, parce que trop tendres pour
elles-mêmes. Et même, si elles avaient un cœur doué de compassion, leur manière de vivre
a atténué leur capacité de percevoir la souffrance des autres; elles ne sont pas délicates. Je
vais, au contraire, comme d’instinct, vers ceux qui s’efforcent de se détacher d’eux-
mêmes. Leur vie plus pure leur donne dans les yeux une lumière plus profonde et au cœur
une tendresse plus grande. « Bienheureux? les cœurs purs car ils verront Dieu » et en Dieu
toutes choses. Ceci, bien sûr, d’une manière encore imparfaite sur cette terre. Avec quel élan
et quelle confiance nos âmes meurtries ne peuvent-elles pas s’adresser à la Mère de Jésus, qui
est notre Mère, en nous basant sur son infinie pureté et la fraîche tendresse qui en découle!
Remercions Dieu d’avoir préparé pour notre Mère un cœur si délicat et si prévenant.

1

SA SOUFFRANCE

C’est une vérité connue qu’une mère aime d’autant mieux son enfant que celui-ci lui a coûté
davantage. Cela vient de ce que le cœur humain s’attache beaucoup plus en raison de ce
qu’il donne que de ce qu’il reçoit. Dieu, qui voulut que Marie soit notre protectrice, a
préparé son cœur par l’infinie délicatesse de sa pureté, mais aussi par la souffrance. Marie a
souffert parce qu’il convenait hautement qu’elle soit associée à la souffrance de son divin
Fils, mais aussi parce que cette souffrance devait la prédisposer à nous aimer davantage.
Evoquons quelques-unes des douleurs dont son cœur fut brisé, insistons sur celles sur
lesquelles très souvent on passe trop vite. L’enfance de Marie, d’abord. En vertu même de
son immaculée conception, la Sainte Vierge était exempte de toute tendance au péché et
élevée à un degré suréminent de l’amitié divine. Marie Mère de Jésus, cette plénitude de
grâces dans la Sainte Vierge devait la mettre dans un état d’isolement au milieu même de sa
famille. Sans doute ses parents étaient, à cause même de la sainteté de leur enfant, élevés par
Dieu très haut dans son intimité. Mais quelle distance encore! Et Marie, en grandissant,
devait se rendre compte qu’elle n’arrivait pas à être comprise comme elle l’aurait aimé. Mais
il n’y a pas autour d’elle que ses propres parents. Elle vivait dans une petite bourgade où elle
voisinait avec des êtres humains très mêlés au péché. Ce péché, elle en comprenait mieux
que personne et comme d’instinct, l’indicible horreur, et sa souffrance devait être
extrêmement profonde. Cette souffrance devait l’isoler du reste du monde, l’isoler de sa
famille. Isolement qu’elle s’efforçait elle- même de rendre le plus doux possible pour les
siens qui, bien loin d’avoir à souffrir d’elle, ont toujours été frappés par sa vertu, sa
mansuétude et sa bonté. Voici maintenant le grand jour de l’Annonciation. Marie était
l’épouse de Joseph. Conduits tous deux par divine inspiration à une très haute vertu, ils
s’étaient, tout en se mariant, promis mutuelle fidélité dans la chasteté. Les deux époux
n’habitaient pourtant pas encore ensemble. Le droit juif comportait, si l’on peut dire, le
mariage en deux étapes. D’abord le contrat de mariage en vertu duquel la femme était
accordée par ses parents comme épouse. Après seulement, par un nouveau rite, essentiel lui
aussi au mariage, l’épouse viendra habiter dans la demeure de son mari. En attendant, la
femme restait encore chez ses parents, mais déjà promise, si elle venait à manquer de fidélité,
sa faute était assimilée à l’adultère. Or, c’est pendant ce temps-là, avant qu’elle s’en alla
habiter avec Joseph, que l’on put s’apercevoir du mystère qui s’était opéré en Marie.
(Matthieu, I, 18). Plusieurs, surtout parmi les modernes, interprètent le verset 18 comme si
Joseph avait été averti, avant l’intervention de l’ange notée au verset 20, non seulement du
fait même de la conception, mais de son origine divine. D’ailleurs si Joseph avait vraiment
su en même temps et le fait de la conception, et son origine divine, comment expliquerait-
on l’intervention de l’ange qui vient le rassurer ? Cette interventions n’aurait pas eu sa raison
d’être. Aussi n’est-il pas surprenant que le plus grand nombre des interprètes, depuis saint
Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin, jusqu’à nos jours, attribuent à saint
Joseph, au sujet de Marie, une véritable inquiétude. Tout en étant certain de la vertu de
Marie, Joseph se posait des questions angoissantes; il n’accusait pas, mais il était inquiet.
C’est bien pour dissiper ses craintes qu’un ange lui est envoyé : « Ne crains pas de prendre
chez toi Marie ta femme, car ce qui est conçu en elle est l’ouvrage de l’Esprit-Saint »
(Matthieu, I, 20). Ces craintes sont allées si loin que Joseph s’est proposé de répudier sa

1
femme, ce qui était prévu en droit juif, mais il pensait agir en secret, sans éclat. C’est alors
seulement, au moment où Joseph est sur le point de prendre une décision définitive, que la
Trinité interviendra par un ange. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas parlé plus tôt ? C’était si simple
d’avertir saint Joseph en même temps que Marie. Ces deux âmes qui s’aimaient
profondément se seraient préparées ensemble, dans l’allégresse, au grand mystère de la
Nativité de Jésus. Mais non. Dieu a voulu qu’il y ait entre Joseph et Marie des heures
d’angoissante inquiétude. Joseph et Marie habitent chacun leur demeure, mais ils se voient,
ils se rencontrent dans la petite ville. Marie se tait sur le mystère qui s’est opéré en elle. Des
commentateurs ont trouvé surprenant qu’elle n’ait pas parlé à son époux de ces choses;
Marie, certes, n’est pas à l’aise et il n’est pas étonnant qu’elle ne parle pas. Elle peut affirmer
son innocence, mais c’est tout. A-t-elle à sa disposition un témoignage autre que le sien
propre ? Alors, mieux vaut se taire, attendre que Dieu lui-même parle à saint Joseph comme
il lui a parlé à elle. Quelle souffrance, lorsqu’ils se rencontrent, car la question est là, comme
un personnage sans cesse présent. Rentrés chez eux, à leur travail, à leurs prières, la
question les poursuit, lancinante. Lorsque l’ange est apparu à Marie et lui a demandé son
consentement, elle a réservé d’une manière expresse sa virginité : « Quomodo fiet istud
quoniam virum non cognosco ? » (je ne connais point d'homme) Cette remarque est nette et
précise, mais l’ange l’a rassurée et elle a accepté avec la même simplicité avec laquelle elle
venait de faire sa réserve. Et cette vertu à laquelle Marie tenait tant, la voilà mise en question
aux yeux de celui dont l’affection et l’estime lui tiennent le plus à cœur. Et qui sait si, bientôt,
la vierge fidèle ne passera pas, aux yeux du monde même, pour une femme coupable ? La
répudiation ne pourra pas toujours être tenue secrète, on s’en demandera le pourquoi. Sans
doute, dans le cœur de Marie, la grâce s’oppose aux tourments du désespoir et au
découragement qui eussent envahi d’autres âmes. Mais la parfaite charité de la Très Sainte
Vierge n’a pas empêché qu’elle ait souffert, et atrocement. Ne fallait-il pas un acte de foi
profonde chez Marie, pour croire que la vision de l’ange n’était pas l’apparition d’un ange
de ténèbres ? Car enfin, si c’était l’œuvre de Dieu, comment Dieu garderait-il le silence et
permettrait-il pareil tourment chez celle que l’ange a saluée « pleine de grâce » ? Marie n’a
pas hésité dans sa foi et dans son amour, mais c’était bien la foi quand même chez elle, et
non pas la vision, la foi qui adore Dieu dans l’obscurité.
Lorsque nos supérieurs nous demandent des sacrifices, nous aimons qu’ils nous disent le
pourquoi, et s’il leur arrive de ne pas le faire, de garder le silence à propos d’une épreuve
qu’ils nous imposent, si parfois ils paraissent durs, il nous arrive de ne pas comprendre.
Mais que sont nos épreuves en comparaison de celles que nous découvrons en Marie et en
Joseph? Qu’est le silence de nos supérieurs en comparaison du silence de Dieu au milieu
de ces tragiques événements ? Nos supérieurs ne peuvent pas toujours parler, même s’ils en
ont le désir, en vue d’atténuer nos épreuves. Mais Dieu qui peut tout, pouvait sans difficulté
intervenir. S’il ne l’a pas fait plus tôt, c’est qu’il voulait laisser souffrir par ce silence ses
amis les plus chers, afin de les associer pleinement et dès le début à la déréliction de son
divin Fils lui-même. Au dernier moment donc, Joseph est averti et c’est la joie maintenant
qui inonde l’âme des époux. Mais pour combien de temps ? A peine cette première épreuve
a-t-elle disparu que d’autres commencent. Marie et Joseph sont en route pour Bethléem.
Personne ne veut les recevoir et, après la Nativité, il faut qu’ils s’enfuient en Egypte. Après

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le retour à Nazareth, ce sont pour Marie les plus belles années, mais là encore l’épreuve n’a
pas manqué. Marie savait que son Fils était Dieu. Dès lors, tout en le traitant avec la
tendresse qui convient à une mère, il y a chez elle un respect très profond pour celui qui est
en même temps que son Fils, son Seigneur. Ce respect devait se manifester par des signes
extérieurs; ces signes devaient apparaître aux yeux des autres femmes du village lorsque
Marie, par exemple, s’en allait avec son enfant à travers les rues, en commissions. Pense-
t-on que ces femmes ont compris la raison profonde du respect de Marie pour son Fils ? On
peut bien supposer que Marie a été taxée de mère orgueilleuse et folle de son enfant. Cet
isolement qui l’a enveloppée dès sa plus tendre enfance en raison de sa propre perfection à
elle, dont nous avons parlé plus haut, devait s’accentuer encore à Nazareth, à mesure que
grandissait l’Enfant-Dieu. Secrètement jalouses de Marie, en même temps qu’ignorantes de
la divinité de Jésus, les femmes de Nazareth devaient rendre à Marie la vie très pénible.
Marie pouvait percevoir, dans leurs regards, peut-être dans leurs chuchotements sinon dans
leurs rires et leurs critiques ouvertes, qu’on la faisait passer pour sottement orgueilleuse et
fière. Si, du moins, pour compenser ces épreuves, l’amour filial de Jésus lui avait toujours
apporté ces consolations sensibles que peut souhaiter un cœur maternel ! Mais ici encore, la
croix devait venir, extrêmement dure. Jésus a voulu faire souffrir sa mère, non pas qu'il ne
l’aimât pas plus qu’aucun fils, mais parce qu’il fallait que soit continuée la déréliction
intérieure(Épreuve de la vie mystique). L’Evangile ne nous signale à ce sujet qu’un trait : celui
de l’Enfant-Dieu volontairement perdu parmi les docteurs et retrouvé après trois jours
seulement d’angoissantes recherches. « O Fils ! pourquoi nous traiter ainsi ? » Il faut bien
que Marie ait souffert pour parler ainsi à son enfant en cette formule qui traduit presque un
reproche. Mais Jésus répond dans la tranquillité de sa dignité : « Ne faut-il pas que je sois
voué aux choses de mon père ? » C’est toujours le même procédé divin : une dureté réelle
vis-à-vis de celle qui est le plus proche de Dieu. Cette dureté réelle va cependant de pair en
Dieu avec une amitié inexprimable. C’est là le mystère, le même d’ailleurs que celui de
Notre-Seigneur qui du haut de la croix se demande si son Père l’abandonne. « Ut quid
dereliquisti me ? » Les théologiens s’efforcent d’expliquer comment Jésus a pu parler
ainsi, alors qu’il jouissait de la vision béatifique même sur la croix. Leurs explications
restent obscures; il vaut mieux s’en tenir aux faits tels que nous les transmet l’Evangile.
Jésus avait dans son âme humaine la plénitude de la vision de Dieu et pourtant il a pu sans
mentir prononcer cette parole de suprême angoisse.

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Je reviens à Marie.

Elle a souffert dans son divin Fils et c’était voulu de la part de Jésus, et ces souffrances ont
été, à n’en pas douter, les plus cruelles. Celles qu’elle a endurées en voyant Jésus crucifié ne
sont pas moindres, mais d’une autre nature. Il est plus doux à certains égards de souffrir par
compassion pour un ami que de se demander si cet ami nous est fidèle. Les trois années de
vie publique sont un tissu de souffrances pour Marie. C’est à peine si elle voit son divin
Fils de temps à autre : il est occupé au ministère des âmes. Elle le reverra surtout dans sa
Passion, elle pourra l’assister dans ses derniers moments et recevoir de lui cette parole dont
saint Bernard dit qu’elle fut un glaive : « Femme, voilà votre fils ». Un homme
simplement, à la place d’un Dieu, un cœur de pierre à la place du cœur si aimant de Jésus.
Nous voilà devenus les enfants de la Très Sainte Vierge, dans cette heure où Jésus prend
congé d’elle et lui fait en quelque sorte son testament. Dorénavant Marie, qui est encore
relativement jeune, a sa vie brisée, sa raison d’être humainement est finie. Mais il faut qu’elle
reste pour préparer l’Eglise, assister les apôtres. Nous la verrons vivant avec saint Jean,
assistant à la messe de l’apôtre, recevant de saint Jean la Sainte Eucharistie. Son divin Fils,
elle ne le voit plus que sous le voile de la foi, son existence se poursuit dans le silence de la
prière et du sacrifice, elle reste dans l’obscurité voulue où Dieu l’a placée jusqu’à l’heure où
son divin Fils viendra la reprendre pour la couronner définitivement. Oui, Marie a souffert.
Elle a été privilégiée plus que tous, mais ses souffrances ont dépassé toutes les autres aussi.
Elle a mérité amplement son titre de Mère des douleurs, et nous ne méditerons jamais assez
sur la part de souffrances qui lui est venue de la Trinité elle-même et de son divin Fils. Dieu
l’a fait souffrir volontairement alors qu’il eût été si facile d’empêcher cette souffrance.
Pouvons-nous penser que Marie ne se soit pas rendue compte du pourquoi de cette
souffrance? Elle savait à n’en pas douter que c’était pour nous et qu’il fallait qu’elle fût
associée à la croix de son Fils et qu’elle passât par sa déréliction. C’était voulu pour qu’elle
contribuât à expier le péché, déréliction effroyable de l’homme qui s’écarte de Dieu. La
déréliction de Dieu qui cesse de faire sentir sa présence est le contre poids dans l’âme du
juste de la déréliction du pécheur qui s’écarte de Dieu. Même si cette souffrance en Marie et
dans les saints est justifiée pour réparer le péché, elle a été voulue aussi pour former le cœur
de notre Mère. On aime un enfant dans la mesure où on a souffert pour lui, on s’attache au
fils de tant de larmes. Comment Marie n’aimerait-elle pas nos pauvres âmes, quelle
confiance n’aurions-nous donc pas en elle quand nous considérons ce que nous lui avons
coûté ? Nos fautes, bien loin de l’écarter de nous, lui sont un motif de plus pour nous venir
en aide, parce qu’elle a souffert à cause de nos péchés. Elles sont aussi, bien sûr, un motif
pour nous de ne jamais hésiter à l’appeler à notre aide, puisque nous savons que notre Mère a
tant souffert pour nous. Mais il y a une autre pensée encore que nous suggèrent la souffrance
de Marie et nos péchés, et celle-là surtout vaut la peine que nous insistions. Les théologiens
se demandent si le Fils de Dieu se serait fait homme, à supposer que l’homme n’eût pas
péché, et nous connaissons leur réponse. Les uns disent oui, les autres non. Toujours est-il
que, de fait, c’est bien pour notre salut que le Fils de Dieu s’est fait homme, « propter
nostram salutem ». Il reste certain qu’en réalité, dans l’ordre concret des choses,
l’incarnation a été voulue pour réparer le péché. Saint Thomas, d’ailleurs, semble concilier
les deux opinions rappelées ci- dessus : il déclare que si l’incarnation a été voulue pour

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réparer le péché, on peut penser que Dieu n’aurait pas permis le péché s’il n’avait pas prévu
qu’il pourrait le réparer d’une manière si admirable. L’Incarnation est donc, de fait, ordonnée
à la Rédemption. Cela veut dire que nos péchés ont été l’occasion de l’incarnation,
l’occasion de la gloire incomparable et des privilèges de la Très Sainte Vierge, car si le Fils
de Dieu ne s’était pas fait homme, il n’y aurait pas eu de maternité divine de Marie. Nous
pouvons donc affirmer que nos fautes ont été comme le tremplin qui a permis à la Sainte
Vierge de s’élever si haut dans l’amitié divine. Nos fautes ne sont pas la causé de son
triomphe, de sa sainteté, mais l'occasion, et c’est beaucoup. Ne s’en rend-elle pas compte
mieux que nous ? Evidemment, et nous ne lui apprendrons rien en insistant dans nos prières
sur cette vérité. Nous ne pouvons que lui faire plaisir en lui faisant voir que nous nous
rendons compte de cette relation étroite qu’il y a entre nos pauvres misères et sa pureté sans
tache, entre notre fragilité et sa toute-puissante bonté. Nous ne l’invoquerons donc pas
malgré nos misères, mais à cause de nos misères, parce qu’elle est mère et que la mère
s’intéresse à l’enfant qui souffre plus qu’aux autres et parce que sa maternité lui est venue à
l’occasion de notre misère. Y a-t-il un pécheur sur terre qui puisse raisonnablement hésiter à
se confier à cette mère ? Nos fautes, sans doute, lui répugnent comme le péché, parce que
c’est l’offense à Dieu et c’est l’ingratitude, mais cela ne l’empêche pas de venir à nous avec
une tendresse inexprimable, parce qu’elle voit dans nos fautes l’occasion de sa gloire. Et c’est
Dieu qui a ordonné toutes choses ainsi. Quelle délicatesse dans la Trinité vis-à-vis de
l’homme! Pour nous donner confiance, il fait de notre misère l’occasion des privilèges de
celle qui va être chargée de nous aider. La délicate bonté qui est dans le cœur de Marie et
dans le cœur de Jésus n’est qu’une image encore très faible de l’infinie tendresse de Dieu lui-
même. Dieu donc a préparé merveilleusement celle qui devait être notre Mère. Il a disposé
les événements pour que Marie soit portée par un amour irrésistible à nous venir en aide, Il
l’a faite pure entre toutes ses créatures afin que la délicatesse de son âme soit la plus parfaite
et qu’elle ressente, pour y compatir, la douleur et la misère mieux que personne. L’ayant
créée si capable de souffrir, il lui impose la souffrance la plus dure, la plus humiliante, la plus
pénétrante, celle qui dissocierait la moelle d’avec les os. Il faut que la Mère du genre
humain souffre plus que tous les autres pour expier et pour aimer. Et pour que notre misère
soit encore plus capable d’inspirer à Marie son dévouement, voilà que Dieu en fait
l’occasion de la gloire de Marie. Le plan de Dieu est parfait, il a préparé notre Mère en la
rendant capable presque à l’infini de nous aimer, à cause même de nos souffrances et de nos
misères.

Maintenant ensemble voyons la mission de la Très Sainte Vierge.

J';ai indiqué ce que nous sommes en droit d’attendre de la Sainte Vierge : qu’elle nous aide
en somme à grandir, qu’elle s’occupe de notre éducation surnaturelle, c’est son rôle
providentiel, c’est sa mission spécifique, son devoir professionnel, si nous osons nous
exprimer ainsi. C’est si vrai que, à supposer qu’elle puisse se désintéresser de nous, elle
manquerait à son devoir principal à notre égard. Façon de parler, bien sûr, puisqu’il ne
peut pas être question chez Marie de manquer à ses obligations, mais il est bon de nous
redire sous mille formes diverses que nous sommes pour elle l’enfant qu’elle a charge
d’élever, et que notre vie surnaturelle ne pourra croître que par elle. Essayons pour cela
d’entrer dans quelques détails et voyons comment la Sainte Vierge va nous apprendre à nous
nourrir, à parler, à marcher, à nous donner à nos frères. Un enfant dont les forces ont grandi
par une nourriture bien assimilée, qui sait parler, qui sait marcher, et dont le cœur est droit,
est un enfant bien élevé, dont la mère peut être fière. Ces différentes tâches appartiennent au
rôle maternel. Voyons-les en détail en ce qui concerne notre vie surnaturelle. Notre nourriture
surnaturelle est l’Eucharistie. Nous le savons, nous nous efforçons d’en vivre. Mais n’avons-
nous pas à déplorer l’insuffisance de nos préparations, de nos actions de grâces ? Mille
distractions nous assaillent et indépendamment de cela nos âmes ne sont pas assez dépouillées
d’elles- mêmes pour saisir toute la signification du don eucharistique. Et pourtant c’est par
l’Eucharistie que nous devons nous assimiler la vie de Jésus, sa manière d’être, sa manière de
penser et d’aimer. Persuadés de l’excellence de cette nourriture divine, de notre déplorable
indigence, nous sommes comme les infirmes dont l’estomac est délabré et que l’on place en
présence d’une table abondante. Ce n’est pas tout d’avoir devant soi la nourriture, ce n’est
pas tout d’avoir soi-même la volonté de s’en servir, il y a une question de dispositions
intérieures. Il faut que l’organisme soit adapté, préparé, sans quoi la meilleure nourriture ne
porte pas de fruits. Sans doute, le Sauveur Jésus lui-même à qui nous crions notre indigence,
peut disposer nos âmes à l’accueillir, à le comprendre, à vivre de lui, mais n’est-il pas bien
consolant de penser que nous avons à notre secours aussi, de par la volonté même de Jésus,
une Mère, dont le rôle spécifique est de nous nourrir, et d’adapter notre organisme si faible à
cette nourriture supra- substantielle. Quelle plus belle préparation à la sainte messe, à la
sainte communion, que celle qui consiste à implorer d’abord la Très Sainte Vierge pour
qu’elle remplisse à notre endroit cette tâche spécifiquement maternelle de la maman qui
prépare la nourriture de son enfant ? Demandons-lui qu’elle nous obtienne l’appétit
surnaturel, le désir de l’Eucharistie, ce goût des choses célestes qui n’est pas une tendance
simplement sentimentale, mais quelque chose qui, procédant d’abord de notre intelligence et
de notre volonté, nous prenne tout entiers et nous fasse vraiment désirer de mieux aimer
Notre-Seigneur, et pour cela de mieux le connaître. Demandons-lui aussi d’intercéder auprès
de son divin Fils pour qu’il se penche avec miséricorde sur notre misère. Sans doute, il nous
a aimés le premier, avant que sa Mère l’en ait prié, puisque tout l’amour qui est dans le cœur
de sa Mère pour lui et pour nous vient de la Trinité Sainte. Mais Jésus aime à se faire prier
par sa Mère en notre faveur, et demander à Marie qu’elle appuie notre prière auprès du
Maître pour que notre communion soit plus intime, c’est certainement prier dans la ligne
voulue par Dieu. D’ailleurs, en demandant à Marie de nous préparer à la messe et à la
communion, nous n’avons garde d’oublier qu’elle-même a vécu pendant longtemps de la vie

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eucharistique. Après l’Ascension, Jésus n’était plus présent à sa Mère que par l’Eucharistie.
Essayons de nous faire une idée de l’intimité de ces rencontres entre la Mère et l’Enfant par la
Cène. Marie, qui n’a vécu que pour son Fils, est brûlée du désir de se voir réunie à lui dans la
pleine lumière du ciel. Ce désir consumera sa vie, mais plusieurs années vont se passer sans
que le bon Dieu exauce ce vœu intime et ardent de la Mère de Jésus. Elle restera sur la terre
pour affermir les premiers pas des apôtres, veillant sur l’Eglise naissante. Ce sera pour elle à
la fois une grande joie que de représenter son Fils auprès de saint Jean : « Fils, voilà votre
Mère », et une souffrance que de ne pouvoir monter plus haut vers lui. Mais cette souffrance
de la séparation, une lumière bien douce vient la tempérer. Jésus est là, dans son être tout
entier, le même qui est né à Bethléem, qui est mort sur la croix, il est là par le ministère du
prêtre, et Marie aura le bonheur de communier de la main des apôtres. Qui dira l’intense
émotion de la Mère qui retrouve son Fils par ce mystérieux sacrement, l’émotion aussi de
l’apôtre qui mesure à la fois la sublimité de son rôle et l’indignité de sa personne ? Le prêtre
devenant en quelque sorte comme une nouvelle mère pour Jésus, continuant l’œuvre de
Marie et nourrissant, sa Mère de cette nourriture divine. Mais revenons à Marie et
contemplons en silence sa messe et sa communion. C’est vraiment le ciel commencé et
chaque fois que la sainte liturgie s’accomplira, Marie apprendra aux prêtres et aux fidèles le
sens et la portée de ce grand mystère d’amour, et ici une réponse à toutes les nouvelles idées:
"Pourquoi pas des femmes prêtres" la réponse est là, présente à nos yeux, Marie la Mère
Divine de Jésus n'était pas prêtre… alors la réponse est claire non pas de femme au sacerdoce!
Comment mieux nous unir à notre tour au divin Sauveur qu’en suppliant notre divine Mère
de nous donner à nous un peu de cette charité ardente qui brûle son cœur et le dispose d’une
manière si merveilleuse à s’unir à la divine Victime présente sur l’autel? Depuis des siècles,
par le Rosaire, nous prions la Sainte Vierge, en enveloppant la prière vocale dans le souvenir
des grands mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. J'ai pris une habitude qui m'est
très chère : notre chapelet. Pourquoi, les jours surtout où nous nous sentons fatigués, peu
disposés à la réflexion, à l’effort, et l’âme comme desséchée, peut-être même comme
détournée de la prière, pourquoi ne prendrions-nous pas notre chapelet et, en pensant à tout
ce que les mystères joyeux, douloureux et glorieux permettent d’appliquer à l’Eucharistie, ne
dirions-nous pas pour préparer notre âme, pour achever notre action de grâces, une ou deux
dizaines de chapelet ? Il ne s’agit pas de faire de notre préparation eucharistique et de notre
action de grâces uniquement une prière verbale, bien loin de là. Mais cette prière tout
enfantine, si simple, toujours possible, jointe à la méditation des mystères, nous semble
particulièrement apte à opérer en nous la vraie disposition à bien communier, à bien
remercier le Sauveur. Cette prière verbale nous disposera à laisser parler, après, notre cœur
d’une manière plus personnelle; nous aurons demandé à notre Mère qu’elle nous apprenne à
nous nourrir, et elle accomplira sa mission, elle nous disposera à la Sainte Eucharistie. Qu’il
s’agisse des mystères joyeux, douloureux ou glorieux, tous s’adaptent à cette préparation
eucharistique et à l’action de grâces. Les mystères joyeux, c’est d’abord l’Annonciation. Il
nous est dit chaque matin que nous allons recevoir Jésus dans notre cœur, c’est aussi
l’Annonciation. Et comment mieux préparer notre âme pour l’accueil de cet Hôte divin
qu’en suppliant la Mère de Jésus de nous donner les sentiments qu’elle a exprimés par son
fiat si généreux? La Visitation, c’est Marie qui porte Jésus à Elisabeth et à Jean-Baptiste, et
le prêtre vient à nous avec l’Eucharistie. Ce n’est pas tant nous qui allons à Jésus que Jésus

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qui vient à nous par l’Eglise et son prêtre. C’est parce que Jésus a voulu que le sacerdoce
couvrît la terre entière, que les tabernacles se multiplient jusque dans les villages les plus
reculés du monde, que nous pouvons le recevoir. (Mgr Pierre-Martin Ngo Dinh-Thuc passé
des heures entière devant le tabernacle). C’est bien lui qui vient à nous par sa Mère qui
disposera notre cœur. Demandons à Marie qu’elle accomplisse sa mission auprès de nous,
comme elle l’a accomplie pour sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste. La Nativité de Notre-
Seigneur, c’est la transsubstantiation, le centre même de la messe, et c’est aussi la
communion. Prêtres et fidèles, chacun à notre manière nous pouvons tirer de cette similitude
les raisons profondes d’invoquer Marie pour que l’attention de notre esprit et l’ardeur de notre
cœur soient autant que possible semblables aux siennes, à cette heure incomparablement belle
de la première rencontre visible de Jésus et de sa Mère. La Présentation au temple nous
suggère de nous offrir en reconnaissance, en expiation, pour continuer le sacrifice de Jésus et
de Marie. L’essentiel, dans un sacrifice, c’est sans doute la victime, mais c’est aussi la
disposition de celui qui offre : « animus donantis » (intention de donner). Dans la parabole
de l’obole de la veuve, Jésus nous fait bien sentir que cet «animus donantis » (intention de
donner) est même le principal. C’est lui qui est prêtre et victime, mais il veut que nous nous
associions à son sacrifice, et qui a mieux réalisé cette assimilation que Marie, offrant son
divin Fils au temple ? Le recouvrement de Jésus au temple suggérera aussi bien des
réflexions consolantes et salutaires. Nous avons retrouvé Jésus, ne le perdons plus, restons
dans son intimité. Demandons à Marie que par la grande souffrance qu’elle a ressentie après
avoir perdu Jésus : « Fili, quid fecisti nobis sic »( mon enfant pourquoi..), elle nous obtienne
à nous de souffrir de nos péchés qui nous détournent du Sauveur et de ne plus le perdre
lorsque nous l’avons retrouvé. Les mystères douloureux ont leurs rapports aussi, et combien
suggestifs, avec l’Eucharistie. Si la messe représente Noël, si l’autel rappelle la crèche, le
corporal les langes, si le prêtre élevant l’hostie rappelle Marie élevant l’Enfant au-dessus de
la tête des bergers et des Mages, chacun voit que l’Eucharistie est encore davantage le
mémorial de la croix et de la mort du Sauveur, le sacrifice du Calvaire continué. La croix
domine l’autel et le corporal rappelle aussi le linceul où sera enveloppé le corps exsangue du
Sauveur. L’hostie brisée et la présence réelle sous les deux espèces symbolisent le martyre
du Sauveur et sa mort. Méditer sur ces mystères, depuis la condamnation de Jésus jusqu’à sa
mort, en compagnie de Marie, pour demander qu’elle fasse entrer dans notre cœur une plus
parfaite compréhension du péché et de notre rôle de réparateurs, c’est aussi nous disposer à
bien communier, à bien nous assimiler ce mémorial par excellence de la croix et de la mort
de Jésus, « o memoriale mortis Domini. » Nous avons rappelé plus haut quelques-unes des
souffrances de Marie. Nous pouvons bien penser que, sur le Calvaire, seule avec saint Jean
devant Jésus qui expirait, la Vierge des douleurs a récapitulé toutes les souffrances de Jésus
et toutes les siennes propres, elle les a toutes réunies en un suprême hommage pour les unir à
celles de son divin Fils. Elle n’a pas pu ne pas voir avec quelle persévérante ténacité, si
l’on peut dire, la Trinité avait organisé toutes choses, par son silence, par la permission
laissée aux forces du mal de s’attaquer à Jésus, pour que lui et elle souffrissent les plus
atroces tourments. Cette volonté divine, elle l’adore, elle la remercie, elle est au fond de son
cœur, heureuse d’expier avec Jésus pour les péchés du monde, de restituer au Père la gloire
ravie en quelque sorte par le péché. La volonté divine est pour Marie, toujours, parfaitement
aimable, même à l’heure où elle ne comprend pas, où elle répète avec Jésus : « Père,

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pourquoi m’avez- vous abandonné! » A l’heure où, sous l’influence de la vie
eucharistique largement répandue dans l’Eglise, il y a une souffrance qui guette les
nouveaux apôtres, une souffrance véritable, une souffrance à laquelle ils doivent se
préparer, une souffrance qui, mal comprise et mal supportée, pourra réduire à néant les
efforts les plus généreux. C’est la souffrance qui viendra aux apôtres laïques de l’Eglise elle-
même à laquelle pourtant ils sont si dévoués. Je m'explique: De même que Dieu a fait
exprès, par son silence, d’exercer Marie à la souffrance la plus angoissante, alors que
pourtant il l’avait appelée « pleine de grâce », ainsi l’Eglise peut demander à ses enfants de
grands sacrifices ; le bon Dieu peut permettre certains malentendus qui ne supposent aucune
faute de part et d’autre, mais qui sont extrêmement douloureux. C’est l’heure de se rappeler
le silence de Dieu dans l’agonie de Jésus, dans la vie de Marie et de Joseph. De se rappeler
aussi l’attitude de Jésus, de Marie et de Joseph. Dieu veut nous apprendre à aimer l’Eglise,
non pour elle, mais pour lui. Il permet alors que nous ayons à souffrir de la part de ceux qui,
pour nous, représentent l’Eglise. Il veut que nous imitions alors la généreuse attitude de
Jésus, de Marie et de Joseph. Accepter par discipline et par amour de Dieu les contraintes,
les malentendus, les souffrances qui peuvent nous venir au cours de notre apostolat de ceux-
là mêmes auxquels nous sommes les plus attachés. C’est la condition indispensable pour que
notre apostolat porte du fruit. En méditant sur les mystères douloureux dans notre
préparation et notre action de grâces eucharistiques, nous demanderons à la Sainte Vierge de
nous obtenir la force de persévérer dans la patience et le sacrifice, comme elle et avec elle, au
pied de la croix rédemptrice. Les mystères glorieux nous font comprendre un autre aspect de
l’Eucharistie. L’Eucharistie, mémorial de la mort, est aussi le gage de notre résurrection. La
pensée de la résurrection est donc bien à sa place à la sainte communion. C’est par la
résurrection, d’ailleurs, que le Christ marque son triomphe sur le péché. Ce triomphe lui-
même, réalisé sur la croix, continué par la Résurrection, est achevé par l’Ascension, et
l’Ascension de Jésus est le point de départ de la nôtre. C’est comme premier d’une immense
théorie de fidèles marqués de son signe, que Jésus est entré au ciel. Nous nous dirigeons vers
le ciel où nous introduira Jésus dans la mesure où nous penserons à notre éternité, où nous
la désirerons. Penser au mystère de l’Ascension, c’est nous disposer à désirer le ciel, à nous
détacher de la terre, à nous élever au-dessus de nous- mêmes, sentiments parfaitement
adaptés à une action de grâces après la sainte messe. Tous les mystères de la Révélation
chrétienne ne sont, en définitive, qu’une manifestation de l’amour, de la charité divine.
Dieu nous a aimés le premier, il nous appelle à son amour, voilà tout l’essentiel de la vie
chrétienne. Mais comme notre amour est froid en comparaison de ce qu’il devrait être! Le
troisième mystère glorieux, en nous faisant méditer la Pentecôte, nous suggère d’implorer de
Marie la grâce d’un amour toujours plus parfait. L’Eucharistie est le sacrement de l’amitié,
le sacrement le plus parfait, c’est Jésus lui-même venant habiter en nous, comme l’ami chez
l’ami. Pour être moins indignes de le recevoir, nous serons heureux de penser souvent au
grand mystère de la Pentecôte. L’Assomption de la Très Sainte Vierge et son couronnement
dans le ciel nous apparaissent aussi comme la continuation et le couronnement des messes et
des communions dont Marie s’est nourrie pendant l’exil terrestre. Ces deux mystères nous
incitent aussi à nous confier toujours davantage à celle qui est couronnée par son divin Fils, à
celle qui est la toute-puissance suppliante. Nous nous sommes étendu beaucoup sur cette
profonde similitude des mystères du Rosaire et du mystère eucharistique. Nous n’avons fait

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pourtant qu’effleurer ce sujet qui embrasse au fond toute la doctrine chrétienne. Mais nous
voyons comment nous pouvons, avec facilité, passer par Marie pour nous nourrir dans la vie
eucharistique et nous n’y penserons jamais assez. Encore une fois, ce n’est pas tout de nous
placer devant une nourriture en soi excellente, il faut encore, pour nous qui resterons toujours
de petits enfants, qu’une main maternelle dispose toutes choses pour que cette nourriture
nous soit profitable. En passant ainsi par Marie à travers les mystères du Rosaire, nos
méditations eucharistiques seront plus personnelles, plus profondes, plus fructueuses. Nous
n’aurons pas fait que multiplier les prières vocales, nous aurons vraiment disposé nos âmes à
s’unir au divin Sauveur.

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APPRENDRE A PARLER

L’enfant ne doit pas simplement se nourrir, il devra parler, manifester par là la spontanéité de
sa vie intérieure. Un enfant qui ne parle pas est un anormal, bien digne de pitié; son esprit
est comme lié. La parole, dans l’ordre surnaturel, c’est la prière. Celle-ci n’est pas autre
chose, en effet, que la conversation de notre âme avec Dieu. Et quand nous parlons de
prières, nous voulons surtout signaler ici la prière personnelle, spontanée, qu’on appelle
prière mentale, la prière dégagée des formules et qui établit des échanges tout spirituels, sans
paroles extérieures et parfois aussi sans paroles intérieures, autrement dit, sans discours
compliqués ou raisonnements abstraits. Mais parler à Dieu n’est pas chose aisée; c’est une
des grandes difficultés de la vie intérieure que d’arriver à l’oraison, à dépasser ce stade de la
prière purement vocale où l’âme est prisonnière de formules, où elle est comme passive, où
elle emprunte ce que d’autres ont dit pour le répéter timidement. La prière intérieure est l’état
de l’âme arrivée au point où elle s’exprime par elle-même, où elle dit ce qui lui plaît,
comme il lui plaît, où elle acquiert en quelque sorte sa personnalité spirituelle. Elle prend
conscience que Dieu n’est pas abstraction, mais la plus douce des réalités. Dieu, ce sont les
trois Personnes divines, les trois en une seule divinité, c’est Dieu descendu jusqu’à nous par
l’incarnation. Jésus est Fils de Dieu en même temps que notre Frère. Penser aux Personnes
divines, se les représenter, songer à elles comme à quelqu’un qui existe réellement, qui est
même le plus existant des êtres, celui sans lequel tous les autres ne sont que néant, celui qui
est plus proche de nous que nous-mêmes, qui nous aime plus que nous ne nous aimons nous-
mêmes, penser à Jésus, se dire vraiment qu’il a été, qu’il est et qu’il sera éternellement, «
Jésus Christus heri et hodie », en un mot, arriver à l’étape où l’âme et Dieu conversent
ensemble avec des paroles intérieures toutes personnelles, ou même sans paroles, dans la
simple conscience de la douce intimité, qui est le propre des amis. Les amis aiment à se
trouver l’un près de l’autre, toute rencontre est pour eux une joie infiniment douce et s’ils
pouvaient, ils ne se sépareraient jamais. Ce n’est pas qu’ils aient chaque fois des choses
nouvelles à se dire ni des raisons très précises de communiquer entre eux pour traiter de leurs
intérêts. Ils se réunissent pour se réunir, pour goûter de leur présence mutuelle. L’âme doit en
arriver là dans ses rapports avec Dieu. Ce serait ainsi, sur terre déjà, le commencement du
ciel, où l’union est alors définitive et éternelle. « Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, nous
viendrons à lui et nous établirons en lui notre demeure ». Ces rapports intimes de l’âme avec
Dieu, c’est la parole spirituelle, la conversation. Ces choses sont de toute beauté, leur
simple rappel nous émeut profondément. Mais nous savons aussi combien il nous est
difficile de nous élever à ce niveau et de nous y maintenir. Quand nous voulons parler à
Dieu, nous n’arrivons souvent à peine qu’à épeler quelques mots, à balbutier. Nous sommes
comme le prophète, réduits à dire a...a...a... je ne sais pas parler. Et pourtant, il faut arriver à
parler à Dieu. Dans notre apostolat, que nous soyons laïques ou consacrés au service dé
Dieu par l’état religieux ou ecclésiastique, la prière personnelle est absolument
indispensable; pas d’apostolat véritable s’il n’est pas le trop-plein de la vie intérieure.
L’apostolat sans vie intérieure est une abominable Caricature où l’égoïsme, d’une manière
inconsciente souvent, tient lieu d’amour de Dieu. Tous les éducateurs de la vie spirituelle
sont d’accord pour rappeler ces vérités, comme aussi pour signaler l’extrême difficulté de cet
art de la parole à adresser à Dieu. Une fois qu’une âme en est arrivée à savoir parler à Dieu,

1
on peut presque dire qu’elle est sauvée, à moins qu’elle se précipite dans la négligence
voulue; persévérante, elle gardera toujours au cœur cette flamme vitale qui lui donnera la
possibilité de s’adresser à tout instant, à l’heure du danger comme à l’heure de la joie, à son
Père céleste. Et puisque c’est si difficile, puisque nous sommes tellement sollicités par les
distractions terrestre alourdis par la fatigue, le sommeil, comment donc apprendre à parler ?
Pas de meilleur moyen que le recours à la Très Sainte Vierge; car apprendre à parler; c’est le
rôle de la maman. C’est un rôle aussi spécifiquement maternel que celui qui consiste à
nourrir l’enfant. D’ailleurs, dans l’ordre spirituel, la parole intérieure est aussi une nourriture
et l’Eucharistie nous est donnée aux fins de nous amener justement à ce degré de
développement spirituel qui nous conduira à la parole intérieure. Nous apprendrons donc à
parler dans la mesure où nous demanderons cette grâce à notre Mère du ciel. Avant donc que
de nous appliquer à l’exercice spirituel, à notre méditation, nous avons autre chose à faire :
c’est d’invoquer Marie et de lui demander qu’elle accomplisse sa mission auprès de nous. Il
est certain alors qu’insensiblement, mais d’une manière très réelle, notre âme arrivera à se
dégager de cette passivité où elle s’est trouvée tout d’abord; Dieu lui deviendra plus présent,
elle saura s’adresser à lui, elle jouira de cette intimité qui établira entre elle et Lui ces liens
d’affection consciente et personnelle dont nous avons parlé plus haut. Comment se fait-il que
des âmes très généreuses dans l’exercice de l’ascèse chrétienne, restent si longtemps comme
incapables de s’entretenir avec Dieu autrement que par des formules, alors que de petits
enfants, de jeunes adolescents, sont arrivés très vite à la grâce de l’oraison personnelle ?
C’est le mystère, sans doute, de l’appel de Dieu qui vient à l’heure qui lui plaît, mais c’est
aussi, croyons-nous, le fait que beaucoup ne pensent pas à demander à Marie et par Marie la
grâce de l’oraison. Beaucoup ne songent pas que si nous sommes par nous-mêmes
impuissants à parler d’une manière personnelle, quelqu’un est là, qui a charge d’âme envers
nous, charge de nous apprendre à parler, quelqu’un à qui nous pouvons et devons nous
adresser chaque fois que nous voulons parler. Quand donc nous voudrons nous élever jusque
vers Dieu, appliquons-nous à cette méthode toute simple, enfantine. Demandons d’abord à
Marie qu’elle délie notre langue, qu’elle nous apprenne cette langue maternelle du ciel qui
est la prière; nous l’apprendrons par elle comme nous avons appris, comme sans efforts, la
langue maternelle de la terre, qui est celle que nous parlons le plus aisément, que nous
n’oublions jamais, qui est entrée en nous par notre mère. Si nous prenons l’habitude de ne
jamais commencer notre oraison personnelle sans recourir à Marie, il est certain que notre
oraison deviendra fructueuse, que notre âme prendra goût à cet exercice essentiel, véritable
respiration de l’âme, aussi nécessaire à l’esprit que la respiration matérielle pour le corps.
Cela pourra paraître, à première vue, compliqué, s’adresser d’abord à Marie pour aller à
Jésus et par lui à la Trinité, d’autant plus que nous recommanderions volontiers, pour
augmenter notre propre confiance envers Marie, de commencer d’abord par demander aux
anges gardiens, aux saints de notre pays, de notre profession, de nous donner un peu de la
dévotion filiale qu’ils avaient envers Marie. Prier les saints et les anges de nous conduire à
Marie, Marie de nous conduire à Jésus, Jésus de nous introduire auprès du Père, quel
meilleur début d’oraison, et toujours possible et facile. La complication n’est que pour ceux
qui n’ont pas essayé. Les élévations de l’âme, est-il besoin de le dire, se font en un clin d’œil.
Mais il est bon d’insister spécialement auprès de la Sainte Vierge en s’appuyant sur le fait de
sa mission maternelle. Une partie de cette mission est de nous apprendre à parler.

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L’enfant commence à parler, commence aussi à se tenir debout et à marcher tout seul.
Apprendre à marcher, c’est là aussi une tâche bien maternelle et difficile. Question
d’équilibre, où l’instinct ne suffit pas. Que de scènes gracieuses à la fois et révélatrices
d’une patience sans égale, nous voyons évoquées par ce simple rappel ! L’enfant tombera
souvent avant de savoir marcher, avant de savoir courir. Sa maman le tiendra d’abord par
les bras et l’obligera à s’appuyer sur ses petites jambes, à les placer l’une devant l’autre, non
pas seule­ ment en les jetant devant lui, mais en les disposant de telle manière que son
corps, dans un équilibre permanent, se tienne debout. L’enfant d’abord ne voudra pas, il ne
comprendra pas le sens de l’exercice qu’on lui fait faire : il est habitué à se laisser porter.
Pour se tenir debout, il faudra qu’il fasse effort, qu’il consente à s’appuyer un peu sur lui-
même. Et lorsque la maman lui aura appris ces tout premiers exercices, le tenant encore par
les bras, elle devra peu à peu diminuer son appui, et c’est alors que viendront les chutes ou
du moins cet équi­ libre instable qui fait rire et pleurer le petit enfant. Et s’il tombe, il faudra
encore que sa maman le relève; elle ne se lassera jamais de le reprendre et de recommencer
les mêmes exercices, jusqu’à ce qu’enfin l’enfant marche tout seul. La maman assiste au
progrès de son petit, elle suit chacun de ses pas, elle préside vraiment, par ses yeux, par son
cœur et par ses bras, à cette évolution du petit être qui en arrive petit à petit à se conduire lui-
même. Apprendre à marcher, dans l’ordre surnaturel, cela signifie apprendre à se tenir debout
dans le chemin de Dieu, à avancer dans la vertu, à éviter le péché. Et nous savons par
expérience combien c’est difficile. Que de bonnes résolutions nous avons prises et nous
renouvelons tous les jours, et combien vite la tentation, l’insouciance, nous détournent du
bien que nous avons voulu! Nous déplorons notre misère, mais savons-nous prendre le
moyen qui pourra nous établir dans un équilibre suffisant ? Un pauvre pécheur, lié par son
extrême faiblesse personnelle et toutes les circonstances défavorables du dehors, retombe
sans cesse dans le péché grave, sait-il assez où se trouve son salut? Tout les saints ont insisté
sur le rôle de la dévotion à la Sainte Vierge dans la résurrection spirituelle. Saint Alphonse
de Liguori, en particulier, multiplie sur ce point ses avis et les exemples de son fructueux
ministère. Et s’il s’agit de ces fautes journalières qui assombrissent notre joie spirituelle, de
ces péchés multiples par lesquels nous refusons à Dieu tant de choses que pourtant nous lui
avons promises, de ces négligences qui ternissent notre amitié surnaturelle et qui nous font
pleurer à cause de notre ingratitude, nous en débarrassons-nous mieux qu’en invoquant ici
de nouveau le secours de notre Mère ? Il faut nous tenir debout, il faut marcher, il faut courir,
« viam mandatorum cucurri ». C’est elle qui donnera à notre organisme spirituel cet
équilibre, cette souplesse, cette agilité nécessaire pour nous détacher du mal et poursuivre la
conquête du bien. Aux âmes désespérées de leur propre misère, nous aimerons à rappeler
cette vérité infiniment consolante; nous nous persuaderons nous-mêmes d’abord de
l’excellence de ce remède et nous ne nous lasserons pas de le prescrire et de le recommander.
Marie, refuge des pécheurs, consolatrice des affligés spirituels et matériels, nous
l’invoquerons dans notre marche pénible vers les sommets de l’amitié divine, sur le chemin
où si souvent le démon nous tend des pièges, où nos pieds sont blessés par les cailloux et
les épines dissimulées. Nous marcherons en nous appuyant sur notre Mère. Nous ne
blesserons jamais sa patience maternelle en l’invoquant à notre secours lorsqu’il nous arrivera
de tomber ou de nous blesser. Et quand notre âme se prend d’une crainte instinctive en face
de ses misères profondes et de l’infinie sainteté de Dieu, c’est à Marie que nous aurons

recours, car son rôle spécifique est précisément de nous relever, de nous apprendre cet art si
difficile de la marche vers Dieu. C’est Dieu qui l’a chargée de cette mission, Dieu qui sait
qu’à cause de sa sainteté nous avons toujours tendance, malgré tout, à avoir peur de lui. C’est
pour cela qu’il a disposé sur notre chemin une Mère à qui nous pourrons tout demander,
même à l’heure de nos plus misérables défections, même après mille promesses mille fois
oubliées, car si nous nous oublions, si nous tombons, c’est que nous ne savons pas marcher, et
si nous ne savons pas marcher, Dieu a mis quelqu’un sur notre route pour nous redresser et
nous apprendre à aller jusqu’à lui. Dieu nous appelle à lui, et, pour que nous puissions aller
jusqu’à lui, il nous a mis d’abord dans les bras d’une Mère et c’est notre Mère qui guide nos
énergies spirituelles pour que nous puissions marcher dans la direction du Père qui nous tend
les bras pour nous élever jusqu’à lui et nous serrer sur son cœur.
Tout ce que je viens de dire est enfantin et simple. Etait-ce bien la peine de le rappeler ?
Mais je ne cherche pas à m'excuser, je pense que l'on ne sera jamais assez simple pour parler
des choses du bon Dieu. A l’heure où les hommes ont tant besoin de vie intérieure pour se
dégager de l’emprise du matérialisme de plus en plus envahissant, il importe vraiment de
tout mettre en œuvre pour faciliter aux âmes désireuses de vie chrétienne l’accès à l’intimité
divine. Or très souvent nous voulons nous sanctifier nous- mêmes et nous oublions que nous
ne pouvons rien par nous-mêmes. Nous ne songeons pas assez que nous sommes néant et que
notre propre progrès spirituel ne viendra pas avant tout de nous, mais, surtout de la grâce de
Dieu. Et la grâce de Dieu se manifeste entre autre dans notre vie par la présence de la Très
Sainte Vierge, chargée officiellement, si l’on peut dire, de nous éduquer, de nous faire
grandir. S’il est permis ici de prendre une comparaison un peu vulgaire, nous rappellerons les
progrès incommensurables accomplis par l’homme dans l’ordre de la mécanique, de la
traction à vapeur, de la traction électrique. Une manivelle est tournée, et voilà qu’une
machine gigantesque se met à trembler sur elle-même, des roues immenses se meuvent, un
train tout entier se met en branle, puis très vite court à toute allure malgré la pente pourtant
très forte. La force de tourner un bouton a suffi pour opérer ce prodige. Pourquoi ? Parce que
l’homme a su trouver, puis proportionner, les moyens capables d’opérer ce résultat. Merveille
de l’invention scientifique. Dans la culture des champs, même phénomène. Les anciens,
s’ils revenaient, seraient surpris de voir que leurs arrière petits-fils se lèvent plus tard, se
couchent plus tôt, travaillent en somme moins, et pourtant retirent de leurs terres,
proportionnellement, de plus grandes récoltes. Le sol produit davantage avec moins de travail.
Question, de nouveau, de savoir-faire, de science agricole, d’adaptation. Et l’on ne veut pas se
rendre compte que, dans notre vie spirituelle, la méthode a aussi sa très grande importance.
Pour se sanctifier, il faut, sans doute, que nous fassions nous- mêmes des efforts, le bon
Dieu ne nous sauvera pas sans nous, « gratia Dei mecum ». Mais il est encore bien plus vrai
de dire que nous ne nous sauvons pas sans Dieu et que tous nos exercices personnels ne sont
encore rien sans la grâce de Dieu. La grâce des grâces, c’est sans doute Jésus, auteur de la
grâce, mais c’est aussi Marie, canal de la grâce, médiatrice de toutes les grâces. Comment
donc se sanctifier sans penser à elle ? Ce petit opuscule n’a pas d’autre ambition que de
vulgariser cette pensée, cette vérité, que Marie est notre éducatrice surnaturelle. Que ceux
qui nous liront veuillent bien demander pour nous cette grâce de la dévotion à la Sainte
Vierge. C’est la meilleure récompense que nous puissions attendre de ces quelques lignes.

 

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LE SAINT-ESPRIT ET SON ROLE MATERNEL EN CENTRAFRIQUE

10 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com Publié dans #andre regnier

« Comme un homme que sa mère console, ainsi Moi Dieu je vous consolerai. » Isaïe, 66-13.
« L'Esprit Saint est pour l'homme une Mère qui le nourrit au sein de Ma Divine Charité. »
Dieu à Sainte Catherine de Sienne. (Dial.).
Le rôle du Saint-Esprit dans notre vie surnaturelle ne se laisse pas aisément définir.
Aucune des pensées naturelles desquelles nous nous avons essayées ne l’exprime tout entier.
En variant les points de vue sous lesquels nous pouvons le considérons, nous y découvrons
de nouveaux aspects et des beautés inaperçues. Lorsque Saint Thomas entreprend d’établir la
nécessité des Dons du Saint- Esprit, il s’attache principalement à une considération que nous
n’avons pas la pleine possession de notre vie surnaturelle. Ce principe de la vie divine en
nous, ce sont les vertus de foi, d’espérance et de charité, par lesquelles notre raison, notre
esprit et notre volonté se trouvent perfectionnés et élevés jusqu’à un ordre supérieur et
proprement divin d’activité. Mais dans ces principes de connaissance et d’amour surnaturels,
si relevés et si parfaits qu’ils soient en eux-mêmes, ne nous sont communiqués que dans un
état imparfait. En ce qui regarde la foi, dont Saint Paul nous dit que par elle nous apercevons
les choses divines non point en pleine clarté mais dans une demi-obscurité et plutôt reflétées
dans un miroir que présentes elles-mêmes sous nos yeux, cette imperfection est facile à
constater. Elle ne l’est guère moins en ce qui regarde l’espérance. La charité elle-même,
sinon dans son fond et dans son être propre, du moins dans son activité, ne laisse pas de subir
le contre coup de l’imperfection de la foi. Il en résulte que si magnifiquement que nous ayons
été traités et pourvus par Dieu, nous n’avons pas, touchant l’exercice de la vie divine en nous
et son gouvernement, cette maîtrise véritable que Saint Thomas nous reconnaît en principe
touchant la conduite de notre vie humaine. Traduisant cette doctrine dans le langage de
l’Evangile et de Saint Paul., disons que nous possédons et exerçons la vie divine, non point
en adultes, mais en enfants. Saint Paul nous assigne précisément pour tâche de parvenir à 1’
« état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ ». (Ephès. IV, 13.)
Nous sommes donc, dans l’ordre surnaturel, des enfants et qui, de plus, ne sont pas nés dans
cette condition de vie divine. La vie divine n’est pas notre vie originelle, notre vie propre et
naturelle. La grâce sanctifiante, en laquelle nous avons reçu communication de la nature
divine est survenue en nous alors que nous existions déjà dans notre être naturel et humain et
comme une réalité d’autre sorte, comme une addition foncièrement nouvelle et d’ordre bien
différent. La grâce est en nous comme quelque chose de surajouté à notre propre nature, de
survenu du dehors et de transcendant. Le monde divin où nous avons été introduits n’est pas
de notre monde natal. La vie divine en nous est une vie surnaturelle. Nous disions plus haut
que notre condition, en ce qui regarde la vie divine, était celle d’un enfant. Il faut ajouter
qu’elle est analogue à celle d’un enfant ramassé dans la rue ou même dans le ruisseau et
introduit soudain dans une splendide et solennelle demeure. Le maître du logis a décidé d’en

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faire son fils. On le nettoie, on l’habille, on l’introduit dans le plus intime de la famille. Le
voici adopté. Il est devenu légalement le fils et l’héritier. Il en a publiquement le nom, le
rang, les droits. Il lui reste à en faire le personnage et à en mener la vie. C’est le plus difficile.
Tout lui est nouveau, tout l’étonne et le déroute, le pauvre enfant, dans cette maison où il n’a
pas eu son berceau, dans ce milieu si différent de son milieu natal. Le langage et les
manières, les pensées et les sentiments, tout lui est étranger, il a tout à apprendre. Les
amusements eux-mêmes qu’on lui propose le laissent perplexe ou indifférent Son père,
cependant, pour en prendre soin et l’initier à sa vie nouvelle, l’entoure de serviteurs choisis.
Ce personnel imposant ajoute, par sa présence, au trouble du petit enfant dépaysé. Et il
n’est pas jusqu’à la bonté et aux caresses de ce père qu’il ne connaît pas, si grand, qui ne
concourent à l’intimider. L’enfant est là, n’osant bouger, avec comme une envie de pleurer
et de s’enfuir. Il lui faudrait une mère. Il cherche une mère. Dans la famille et la maison de
Dieu où nous avons été introduits comme des fils, notre situation est pareille. Meilleure à
certains égards, elle est plus difficile à d’autres. Elle est meilleure car notre Père a fait pour
nous ce que ce père de la terre ne pouvait faire pour l’enfant qu’il adoptait. Dieu nous a
transformés, divinisés au dedans. Avec la grâce sanctifiante, son sang divin coule
désormais dans nos veines. Les vertus surnaturelles dont il nous a enrichis nous rendent
capables de penser, d’aimer, d’agir en fils de Dieu. Elle est néanmoins plus difficile, car la
distance est plus grande entre le monde divin et notre monde natal qu’entre la boue de la rue
et le palais. De la vie humaine à la vie divine, quel changement ! Comme le petit enfant
dépaysé, perdus nous aussi dans la demeure divine, pour nous rassurer, nous acclimater,
nous initier, nous voudrions une mère, nous cherchons une mère. Ou plutôt non. Nous ne la
cherchons pas> car nous la possédons. Dans l’ordre de la vie surnaturelle, je veux dire pour ce
qui regarde notre initiation aux mœurs divines et notre éducation de fils de Dieu tout-
petits, le Saint-Esprit, qui nous est donné, qui habite en nous, avec nous, tient le rôle de
mère. Etonnant mystère ! Peut-être. Mais, entre les trois personnes divines, le Saint-Esprit
était désigné pour tenir ce rôle, s’il devait l’être par l’une d’elles. Et pourquoi non ? Dieu
n’abandonne pas le soin de ses fils à des bonnes ou à des gouvernantes. Il s’en charge Lui-
même en premier. Or, entre les propriétés personnelles du Saint-Esprit et celles qui
caractérisent la mère, l’affinité est indéniable. De toutes les personnes divines, il est celle
qui, de façon plus spéciale, nous est « donnée ». Il est, par excellence, le Don de Dieu, et il en
prend le nom. Dans la Trinité encore, il est l'Amour ; c’est l’un de ses noms propres aussi.
Mais ces qualifications conviennent à la mère plus qu’à personne autre et, en quelque sorte,
la définissent. Nul être sur la terre ne nous est « donné » comme notre mère, et elle
personnifie l’Amour dans ce qu’il y a de plus désintéressé, de plus généreux, de plus dévoué.
Ces considérations ne sont pas décisives, je le sais. Mais les faits le sont et les témoignages
divins aussi, plus clairs encore et plus exprès que les faits. De la vie divine en nous le Saint-
Esprit n’est pas seulement le moteur comme Dieu l’est de notre activité naturelle. Son rôle a
quelque chose de plus spécial ; Saint Thomas., dont le jugement surnaturel est si pénétrant et
si ferme, l’a très bien quoique succinctement expliqué dans sa doctrine des dons, à laquelle
nous nous référions plus haut. Le Saint-Esprit, par ses dons, supplée à ce qui nous manque
pour exercer tout seuls et pleinement, pour conduire sûrement et facilement notre vie
surnaturelle. Or si nous sommes fondés, nous autorisant du langage de l’Ecriture, à définir
cette relative impuissance, cette condition imparfaite, comme un état d’enfance surnaturelle,
nous le sommes donc aussi à assimiler l’assistance que nous recevons du Saint- Esprit à celle
que les petits enfants reçoivent de leur mère. Mais le Saint-Esprit n’intervient pas dans notre
vie surnaturelle uniquement que par ses dons. Nous recevons de lui d’autres secours et
d’autres soins dont le caractère maternel est indéniable. Il est une strophe de la Sequence Veni
Sancte Spiritus dont il semble qu’on n’épuise pas le sens et qu’on méconnaît la simple et
émouvante beauté si on ne l’interprète pas dans cet esprit : Lava quod est sordidum Riga quod

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est aridum Sana quod est saucium. Nous savons bien qu’en dépit du neutre, il ne s’agit point
de choses mais de personnes, c’est-à-dire des enfants de Dieu, de nous-mêmes. Et cela veut
dire au fond : Lave qui est souillé Donne à boire à qui a soif Guéris qui s’est blessé. Le petit
enfant est toujours sale, le petit enfant a toujours soif, le petit enfant se blesse à tout propos.
Et ces besognes maternelles s’il en fut à qui, parlant au nom de l’Eglise de Dieu, demandons-
nous de les accomplir ? Au Saint-Esprit. La strophe qui suit s’inspire de la même implicite
assimilation du Saint-Esprit à la mère. Tâche maternelle aussi et l’une des plus sacrées que
celle d’apprendre au petit enfant à connaître son père. Que de soins elle se donne, la mère,
pour y parvenir : « Incipe, parue puer, risu cognoscere patrem. » Quelle joie, lorsque, pour
faire accueil au père qui s’approche, l’enfant s’agite et sourit. Quelle joie surtout lorsqu’il
articule pour la première fois, de ses lèvres puériles, le mot sacré, tant de fois provoqué,
depuis si longtemps attendu. Or, c’est au Saint- Esprit qu’il appartient de remplir, dans notre
vie surnaturelle et en ce qui regarde notre Père des Cieux, cet office maternel authentique.
C’est lui qui s’applique à tourner vers notre Père les yeux incertains de notre âme pour y faire
fleurir ce sourire du tout petit qui connaît son père et le salue. Sur nos lèvres étonnées, c’est
lui qui forme le nom auguste et si doux dont Dieu a voulu que nous le nommions. « Vous
avez reçu, écrit Saint Paul, un esprit d’adoption dans lequel nous crions : Abba, Père. »
(Rom., VIII, 15.) Cet esprit de fils, ce cri filial, qui l’a répandu en nous et l’y forme, si ce
n’est le Saint- Esprit ? « L’Esprit lui-même, poursuit l’apôtre, témoigne avec notre esprit que
nous sommes enfants de Dieu. » (Rom., id., 16.) Et ailleurs : « Et parce que vous êtes fils.
Dieu a envoyé dans vos cœurs Esprit de son Fils, lequel crie : Abba. le Père. » (GzzZ., IV,
7.) Dans la demeure de notre Père, nous trouvons un frère aîné, un grand frère et c’est Jésus-
Christ. Qui va nous mettre en rapports avec lui ? Il est beaucoup plus grand que nous. Il est
à l’Age parfait. La gloire qui l’environne, la place qu’il occupe à la droite du Père, tout en lui,
en dépit de cette nature humaine qu’il partage avec nous, est fait pour nous impressionner.
Qui est-ce, et surtout qui est-il ? Quels sont ses sentiments a notre égard ? Il est lui le vrai Fils
de Dieu, son fils par nature, nous ne le sommes nous que par adoption, des nouveau venus
et, par leur origine, des étrangers. Il nous avait été dit qu’il nous ferait bon accueil et l’on nous
a raconté ce qu’il avait fait pour nous. Mais voici qu’au moment d’entrer en rapports
personnels avec lui, nous sommes un peu troublés et incertains. C’est le Saint-Esprit qui
établit le contact. Jésus lui-même, au cours de sa vie terrestre, nous en avait donné
l’assurance : « Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de
Vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. » (Jean, XV, 26.) A
qui ? Au monde sans doute, mais à nous aussi et de façon bien plus intime. Or, ce témoignage
que l’Esprit nous rend au sujet de Jésus, quel peut en être l’objet si ce n’est de nous introduire
dans la connaissance vraie et le confiant amour du Fils de Dieu notre Aîné ? Cela aussi, dans
nos familles humaines, c’est le rôle des mères, c’est un office maternel. Devant — 17 — son
enfant tout petit, la mère est comme la répondante nécessaire, sur la foi de laquelle il consent
à entrer en rapports avec son père et ses frères. Elle aussi rend témoignage et, pour l’enfant
qui ne sait pas bien, qui a un peu peur, son témoignage décide de tout. Les rôles, en vérité,
sont analogues, celui du Saint-Esprit dans l’ordre de nos relations divines, et celui de la mère
dans celui de nos rapports humains. Et cette analogie est profondément émouvante Les
vertus de foi, d’espérance et de charité, organe de cette quasi-nature qu’est la grâce
sanctifiante, sont les vrais et essentiels principes de notre activité surnaturelle. Toute notre
vie divine consiste à les exercer. Mais nous sommes trop petits, trop malhabiles pour
l’entreprendre tout seuls, si petits que pour faire notre éducation ce n’est pas un maître qu’il
nous faut, c’est une mère. Pour apprendre aux tout petits à se servir de leurs membres, il n’y a
que les mères. La toute première éducation des petits enfants, c’est l’affaire des mères. Dans
l’ordre spirituel et divin aussi. Écrivant aux Thessaloniciens, Saint Paul leur disait : «
Comme la mère qui nourrit entoure de tendres soins ses petits enfants, ainsi dans notre

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tendresse pour vous, nous aurions voulu vous donner, non seulement l’évangile de Dieu,
mais notre vie même... » (Th., II, 7-8). Et ailleurs, écrivant aux Corinthiens : « Comme à de
petits enfants dans le Christ, je vous ai donné du lait à boire... » (I Cor., III, 1-2.) Notre vraie
mère cependant, c’est le Saint-Esprit auquel il appartient de nous apprendre à exercer les
organes de notre vie divine et qui revendique lui-même, étant l’Amour, la tâche maternelle
de faire notre première éducation surnaturelle. Dans l’ordre de la foi, le caractère maternel de
son rôle est évident. « Le Consolateur, disait Jésus à ses disciples, l’Esprit Saint que mon
Père enverra en mon nom, vous enseignera, lui, toutes choses, et vous redira en détail tout ce
que je vous ai déjà dit. » (Jean, XIV, 26.) Après la leçon commune, publique, solennelle, voici
celle de la mère qui reprend les choses une à une, en détail, les explique à son petit enfant et
les met à sa portée. C’est elle qui s’assure qu’il a bien compris, qu’il n’a rien oublié
d’important. L’enseignement du Verbe de Dieu incarné a commerce avec lui. Le Saint-
Esprit est qualifié, entre les personnes divines, pour présider à cette initiation. « L’Esprit,
écrit Saint Paul, pénètre tout, même les profondeurs de Dieu. Car qui d’entre les hommes
connaît ce qui se passe dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De
même personne ne connaît ce qui est en Dieu, si ce n’est l’esprit de Dieu. » (I Cor.y II, io-ii.)
Dans notre monde humain, qui connaît les pensées du père au même degré que la mère ? Et à
qui revient-il d’y initier les enfants si ce n’est à elle ? Cette tâche d’éducateur accomplie à
notre profit par le Saint- Esprit, et qui consiste à nous initier aux pensées du Père Céleste,
est une tâche maternelle. Pour ce qui regarde l’exercice de l’espérance qui est le second
parmi les organes de notre vie divine., le caractère maternel de l’assistance que nous recevons
du Saint-Esprit n’est pas moins reconnaissable. N’est-il pas lui-même en tant qu’il nous est
donné et donné à titre de gage, le soutien de notre espérance ? Saint Paul nous l’assure : «
Or, l’espérance ne trompe pas, parce que l’Amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par
l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rom., V, 5.) Il est naturel, dans ces conditions, qu’il
s’intéresse à l’usage que nous ferons de cette vertu, qu’il s’emploie à guider notre
inexpérience, à corriger nos ignorances et nos maladresses. Cette assistance maternelle du
Saint-Esprit nous est tout spécialement certifiée dans notre vie de prière. Sans doute, la prière,
qui est un acte de la vertu de religion, ne relève pas immédiatement de la vertu d’espérance.
Cependant, si ce n’est pas l’espérance elle-même qui prie, c’est elle qui nous inspire de prier,
qui dirige et soutient notre prière, du moins notre prière de demande. L’intervention du
Saint- Esprit dans notre prière intéresse donc l’exercice en nous de la vertu d’espérance. Or,
Saint Paul a écrit : « De même aussi, l’Esprit vient en aide à notre faiblesse car nous ne
savons pas ce que nous devons, selon nos besoins, demander en nos prières. Mais l’Esprit lui-
même intercède souverainement par d’ineffables gémissements. Et celui qui sonde les cœurs
sait quels sont les vœux de l’Esprit, et qu’il intercède pour les saints selon Dieu. » (Rom.,
VIII, 26-27.) Le Saint-Esprit forme donc lui-même en nous cette prière que la vertu
d’Espérance travaille à susciter et que notre faiblesse, notre ignorance d’enfants ne sait
souvent comment formuler. L’image que cette assistance évoque est toujours celle de la mère,
suggérant elle-même à son petit enfant incertain ce qu’il doit demander au Père et comment.
Reste la vertu de Charité, qui est la plus haute des vertus théologales, celle que nous
possédons dans l’état le plus parfait. La foi et l’espérance passeront. Elles feront place à la
claire vision et à la possession de Dieu. « La Charité, elle, ne passera jamais ». (Rom., V, 5).
Le rôle du Saint-Esprit dans notre vie de charité, pour être un peu différent de celui qu’il
remplit à l’égard des deux autres vertus théologales, n’en garde pas moins son caractère
maternel. La charité c’est, par excellence, son domaine. N'est-il pas lui-même l'Amour?
Dans nos âmes, la vertu de charité est son don personnel et tout ensemble le fruit particulier
et la raison de son habitation en nous. « L’Amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par
l’Esprit Saint qui nous a été donné. » Notre cœur est un écoulement du sien. De façon
particulière et immédiate, c’est lui qui le gouverne. Il en règle le rythme et les pulsations les

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accordant, en quelque manière, aux mouvements du sien. Dans ce domaine de l’Amour,
l’accord entre lui et nous s’établit plus facilement et plus parfaitement. Grâce à la vertu de
charité, vertu parfaite, la communion entre lui et nous est plus assurée, plus riche que dans
le domaine de la pensée et de l’action auquel président la foi et l’espérance. Ainsi en va-t-il,
sur la terre, du petit enfant et de sa mère qui, par le cœur et la tendresse
de charité est son don personnel et tout ensemble le fruit particulier et la raison de son
habitation en nous. « L’Amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui
nous a été donné. » Notre cœur est un écoulement du sien. De façon particulière et immédiate,
c’est lui qui le gouverne. Il en règle le rythme et les pulsations les accordant, en quelque
manière, aux mouvements du sien. Dans ce domaine de l’Amour, l’accord entre lui et nous
s’établit plus facilement et plus parfaitement. Grâce à la vertu de charité, vertu parfaite, la
communion entre lui et nous est plus assurée, plus riche que dans le domaine de la pensée et
de l’action auquel président la foi et l’espérance. Ainsi en va-t-il, sur la terre, du petit
enfant et de sa mère qui, par le cœur et la tendresse sont plus proches l’un de l’autre,
comprennent et s’accordent mieux que par nulle autre d’entre les activités humaines. La
tendresse est par excellence le lieu de rencontre de la mère et de l’enfant qui, s’ils ne sont
point égaux, même en cela, cependant, sont pareils. C’est un trait singulier de ressemblance
entre l’action du Saint- Esprit en nous et le rôle de la mère auprès de son enfant. Nous voici
parvenus au terme de notre recherche. Dans le domaine des vertus morales, infuses, de notre
vie morale surnaturelle, l’action du Saint- Esprit semble moins immédiate et son assistance
maternelle moins visible. Elle
humaines, auxquelles il appartient de faire la première éducation de leurs enfants, ne peuvent
les assister que du dehors. Elles s’appliquent à éveiller et à exercer leurs activités, leurs
organes et leurs facultés. Leur en donner d’autres et, pour les rendre plus dociles et plus
souples à leur action créer en eux des aptitudes nouvelles n’est pas en leur pouvoir. L’enfant
est ce qu’il est. Elles le prennent tel qu’il est et doivent s’accommoder de ses ressources et de
ses indigences natives. Le Saint-Esprit ne connaît pas ces limites ni cette impuissance.
D’autorité, il crée en nous, partout où il le juge nécessaire, de nouvelles aptitudes à recevoir
ce qu’il veut nous communiquer et comme des docilités et des souplesses sous son action
divine. Disons encore : sous son action maternelle, car, selon la doctrine de Saint Thomas, il
n’a pas seulement en vue de nous communiquer par cette voie des lumières ou des affections
en elles-mêmes extraordinaires et parfaites, mais de suppléer aussi, par des communications
qui ne sont extraordinaires que dans leur mode, aux maladresses et à l’inertie dont nous
faisons preuve dans l’exercice des vertus surnaturelles ou de remédier aux difficultés que nous
y rencontrons. Du commencement à la fin, le rôle du Saint-Esprit dans notre vie surnaturelle
est un rôle MATERNEL

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Centrafrique la plus grande histoire de tous les temps

9 Juin 2019 , Rédigé par dabealvi.over-blog.com

13 août 1960

La Centrafrique, de l'indépendance au chaos

Petit État très pauvre au cœur du continent africain, la République centrafricaine - ou Centrafrique - est sorti de l'ombre en 1979 avec l'affaire des diamants de l'empereur Bokassa Ier.

Il revient à la Une de l'actualité en 2013 avec l'occupation de la capitale par les Tchadiens et les musulmans du Nord dans un nouvel épisode de la lutte multiséculaire entre les « Noirs » de la forêt et les « Blancs » du Sahel. Par un préjugé hérité de l'Histoire, les premiers voient dans les seconds et plus généralement dans tout musulman des trafiquants d'esclaves et des oppresseurs...

Entre savane et forêt

Quadrilatère un peu plus vaste que la France (620 000 km2), avec une population de seulement cinq millions d'habitants mais en croissance très rapide, le pays présente une savane arborée, relativement fertile et bien arrosé, propice à la chasse, mais avec pour seules ressources exportables un peu de coton et quelques mauvais diamants d'origine alluvionnaire.

Les populations centrafricaines sont noires. Fuyant les trafiquants d'esclaves arabes, elles sont venues au XIXe siècle du Soudan voisin et se sont principalement implantées dans les forêts du sud. Elles ont été très massivement christianisées au XXe siècle, pendant la colonisation française.

Baptisée Oubangui-Chari en 1905, la colonie a été intégrée en 1910 à l'Afrique Équatoriale Française (AEF). Sous-administrée et sous-peuplée, elle fut pillée par des « sociétés concessionnaires » qui instaurèrent le travail forcé dans les plantations d'hévéas ou de coton. Au moins les habitants échappèrent-ils aux razzias des nomades du Sahel en quête d'esclaves...

Après l'indépendance, quelques groupes ont été islamisés à la pointe nord du pays, à la frontière du Tchad et du Darfour (Soudan), autour de Birao. Ils représentent moins de 5% de la population totale. Par ailleurs, des musulmans venus des pays voisins,  Toubous, Peuls ou « Arabes », se sont installés dans les villes de Centrafrique, occupant essentiellement des emplois dans le commerce. Ils représenteraient 5 à 10% de la population totale.  

Une indépendance chaotique

Le pays a obtenu son indépendance le 13 août 1960, tout en restant étroitement liée à la France par des accords de coopération militaire, administrative et économique, comme la plupart des autres colonies françaises d'Afrique noire.

Le chef nationaliste Barthélemy Boganda ayant trouvé la mort dans un accident d'avion, c'est son neveu David Dacko qui devint le premier président de la République. Mais il fut renversé le 1er janvier 1966 par son cousin Jean-Bedel Bokassa (45 ans), un ancien capitaine de l'armée française. Fantasque, le nouveau président en vint dix ans plus tard à s'octroyer le titre d'empereur. Il se fit couronner sous le nom de Bokassa Ier dans un faste kitsch inspiré de la geste napoléonienne, avec la complaisance des autorités françaises.

Discrédité par ses turpitudes réelles et supposées Bokassa fut déposé le 21 septembre 1979 et David Dacko (49 ans) réinstallé au pouvoir au grand soulagement de la France...

L'effondrement de l'État

Le drapeau de la République centrafricaineEn 1981, David Dacko est une nouvelle fois renversé et, de coup d'État en coup d'État, la Centrafrique retombe dans le chaos politique... Or, tandis que disparaît l'administration laissée par la puissance coloniale, nul ne prend la mesure du changement géopolitique en cours dans la région.

Au Tchad voisin, les nomades musulmans du Nord, généralement appelés Toubous, ont enlevé le pouvoir à la majorité noire, chrétienne ou animiste, du Sud. Au Soudan, la guerre redouble de violence entre les Blancs musulmans du Nord et les Noirs chrétiens du Sud.

La Centrafrique, État noir et chrétien de l'aire équatoriale, fait dès lors figure de poste avancé face aux « Blancs » musulmans de la bande sahélienne qui ont repris leur progression multiséculaire vers le Sud, un temps arrêtée par la colonisation européenne.

En 2006, le pays est une première fois victime de l'intrusion de nomades en provenance du Soudan et du Tchad. Il est une nouvelle fois assailli en 2012, quand des bandes armées tchadiennes et soudanaises, auxquelles se rallient des musulmans du nord, se rassemblent sous l'appellation de Sélékaet marchent sur la capitale.

La Séléka entre à Bangui le 23 mars 2013 et chasse le président en place. Son chef, un musulman du nord, « Michel » Am-Nondokro Djotodia, s'autoproclame président. Massacres, viols et pillages obligent la France à intervenir à l'automne...

 

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